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Miguel Madariaga : "A 17 ans, la mer m’a appris ce qu’était la vie et l’argent"

dimanche 1er février 2009

Interview de Miguel Madariaga qui retrace sa vie avant de quitter l’équipe Euskltel Euskadi.


- El Correo Digital (ECD) : Tu compte, tu compte.

- Miguel M. : Je suis issu d’une famille pauvre, d’un village. De Lemoniz. Là-bas beaucoup étaient marins. En 1961, encouragé par mon frère et par nécessité, j’ai embarqué. Je suis parti à Barcelona. La première escale était Vallencia.

- ECD : Marin, donc.

- Miguel M. : J’y suis resté 3 ans et demi, jusqu’au service militaire, que j’ai aussi fait dans la marine. La mer était le moyen de vivre. Elle m’a appris ce que coûtent les choses. Dans la marine marchande c’était très dur. Nous faisions la route Barcelona-Valencia-Alicante-Canarias. Nous transportions de tout. A Tenerife, des bananes. J’ai appris ce qu’était la vie et l’argent.

- ECD : Comment était Barcelona pour un villageois de 17 ans ?

- Miguel M. : Etrange. Jusque là, le voyage le plus long que j’avais fait c’était entre Plentzia et Bilbao, en train. Avec ma mère qui a fêté ses 94 ans. Je n’avais jamais voyagé seul. Quand je suis parti pour Barcelona, ma mère m’a accompagné jusqu’à Bilbao et ma tante m’a mis dans le train. Il y avait une journée de voyage. J’avais l’impression que je partais pour ne plus jamais revenir. J’ai appris à ne pas regarder en arrière. Toujours vers l’avant. Avec des sacrifices et du travail on va loin.

- ECD : Ton père est mort tôt.

- Miguel M. : A 51 ans. Ca nous a beaucoup touchés. A cette époque il n’y avait pas d’assurances ni rien. Mon père a eu ce qu’ils appelaient un ulcère reproductible. Aujourd’hui, ce serait un cancer de l’estomac. On l’opérait tous les 3 ou 4 ans. On le coupait. Au final il ne lui restait quasiment plus d’estomac. Il n’y avait pas les progrès qu’il y a eu ensuite pour la douleur. Il a vécu en souffrant.

- ECD : La mer semblait être ton destin, y compris pendant le service militaire.

- Miguel M. : Dans la marine j’y suis resté 24 mois. Les 3 premiers, ceux des classes, je les ai passés à San Fernando, à Cadiz. Je n’avais aucun piston ni aucun moyen d’en avoir. Mon seul piston était d’être basque. Dans la caserne il y avait un jardin et ils ont demandé des volontaire pour s’en occuper. Moi je venais d’une ferme et je savais faire ça. Un sergent est venu et il demandait dans chaque brigade, même celle des analphabètes, s’il y avait quelqu’un pour le jardin. Au final je m’en suis occupé avec un gars de Bermeo. Nous sommes bien tombés.

- ECD : L’avantage d’être un villageois.

- Miguel M. : Il y avait un capitaine qui posait beaucoup de questions : d’où nous venions, comment nous allions. Il savait que nous étions marins. Et c’est pour ça qu’ils nous ont envoyé à Madrid. Nous devions être destinés au yacht de Franco, le "Azor". Ca voulait dire être 6 mois sur le yacht et 6 mois à la maison. A Madrid nous étions une trentaine et seulement 6 d’entre nous allaient partir sur le yacht. Un capitaine m’a dit : "On manque de basques ici. Tu resteras avec le ministre de la Marine, don Pedro Nieto Antunez. On va prendre 6 basques". Il m’a assuré que ce serait bien, que chaque mois je pourrais rentrer à la maison.

- ECD : Te reposer.

- Miguel M. : Voilà. Mon père baissait beaucoup et il a fallu que je prenne en charge la ferme. A la fin du service militaire, en mars, je suis resté à la maison. Nous voyions que mon père ne vivrait pas longtemps. Il est mort en novembre. Moi, j’avais déjà pris une place de taxi à Mungia. Là j’ai commencé une autre époque. Et a débuté ma relation avec le cyclisme.

- ECD : En étant chauffeur.

- Miguel M. : Le premier cycliste que j’ai connu fut Celestino Bilbao qui courait chez KAS. Il m’a transmis le virus de ce sport et je l’ai toujours. J’ai commencé comme chauffeur. Je les amenais aux courses, je les attendais et je les ramenais. Avec le taxi. Après, grâce à Valentin Uriona (vainqueur du Dauphiné), je suis entré chez Fagor. Il y avait 5 coureurs de Mungia qui couraient dans cette équipe. Je me souviens que je touchais 3 pesetas du kilomètre.

- ECD : Et comment es-tu passé de chauffeur à directeur ?

- Miguel M. : A Mungia s’est formée une équipe junior, Farines Goimar, et je me suis occupé d’eux. Il y avait Paulino Martinez qui ensuite a été professionnel chez Teka. Je les ai dirigés 2 ans. La fabrique de farines faisait partie de 3 partenaires, dont Jose Luis Artetxe, le joueur de l’Athletic. Et il nous a donné 37.000 pesetas qui nous manquer pour créer l’équipe. La voiture je la fournissais moi et chaque coureur venait avec son propre vélo.

- ECD : En quelle année ?

- Miguel M. : 1967 et 1968. L’année suivante nous lançons l’équipe Olsa chez les amateurs. Avec la Sociedad Vizcaína de Amigos del Ciclismo (SVAC). De là sont sortis des professionnels comme Javier Elorriaga.

- ECD : Comment était ce cyclisme ?

- Miguel M. : Très différent. L’équipe La Casera, dirigée par Bahamontes, était la meilleure d’Espagne. Olsa était la meilleure ici. Nous sortions une trentaine de coureurs en course.

- ECD : Directeur cycliste le week-end et taxi la semaine.

- Miguel M. : Oui, j’ai continué comme ça jusqu’en 1983. Jusqu’à ce que la situation des taxis dans les villages tourne mal.

- ECD : On t’a attaqué ?

- Miguel M. : J’ai pris 4 gamins pour les amener de Mungia à Bilbao. Ils m’ont dit "Si tu te comporte bien, il ne t’arrivera rien. On ne va pas te payer, mais on ne va pas te voler". Ca m’est arrivé 2 fois. C’est le genre de choses qui donnent envie d’arrêter.

- ECD : Et de changer de travail.

- Miguel M. : Je me suis présenté pour une place de chauffeur chez Iberdrola. Mais un ingénieur de la centrale nucléaire de Lemoiz, Jose Maria Ryan, a été tué et Iberdrola a cessé de recruter des gens parce que la centrale s’est arrêtée.

- ECD : Et qu’est-ce que tu as fait ?

- Miguel M. : J’avais obtenu le titre de masseur dans une académie de Barcelona. Je l’avais passé à distance. J’étudiais chez moi et j’allais à Barcelona pour les examens. Aussi j’étais directeur et masseur. J’apprenais de tout. Même de cyclistes comme Javier Minguez, qui a couru avec moi 2 ans chez Olsa.

- ECD : Après tu as été dans l’équipe amateur Teka et chez SuperSer.

- Miguel M. : Oui. J’avais aussi une salle de massage. En 1983 j’ai pris une place de chauffeur à la Députation.

- ECD : Pourquoi as-tu ensuite laissé cette place pour te lancer à fond dans le cyclisme ?

- Miguel M. : A la Députation il y avait Alberto Pradera, grand amateur de cyclisme (il fut député général de Biscaye). Je l’ai connu lors de fêtes à Mungia. Nous sommes allés ensemble plusieurs fois voir le Tour de France. Alberto portait son attention sur l’équipe PDM de Delgado. Il m’a demandé si ce serait possible de faire une équipe comme celle-là.

- ECD : Ce fut le germe de la Fondation Euskadi.

- Miguel M. : Pradera a eu l’idée de créer une fondation cycliste. Il a décidé, suite au Tour 1993, d’aller de l’avant. A la Députation il y avait aussi Jose Luis Bilbao (actuel député général) et Koldo Mediavilla. Le jour de la San Ignacio, nous nous sommes réunis avec les fédérations pour mettre au point le projet. Moi je ne parlais pas. Je ne pensais même pas qu’un jour j’allais diriger l’équipe Euskadi.

- ECD : Il en a résulté une naissance difficile.

- Miguel M. : Oui à Noël 1993 il me disent que je peux abandonner le projet, je serais rentré chez moi les yeux fermés. Je n’imaginais pas les mensonges qu’il y avait dans le monde professionnel. Nous avons perdu un procès avec un coureur et, entre une chose et une autre, nous devions payer 14 millions de pesetas. Notre budget était de 27 millions. Nous avons failli ne pas exister...

- ECD : Maintenant tu as une équipe ProTour, plus une équipe continentale (Orbea) une filiale (Naturgas et de nombreux jeunes avec des bourses. Tu as réalisé ton projet ?

- Miguel M. : Oui, sans aucun doute. C’est ce que nous voulions depuis le début. Mais ça a été très dur d’y arriver. Il y a eu un moment où j’ai failli aller en prison. J’ai abandonné beaucoup de choses dans ma vie personnelle. J’ai tout abandonné pour l’équipe.

- ECD : Tu as aussi eu des satisfaction, comme l’or olympique de Samuel Sanchez.

- Miguel M. : Bien sûr. Cette équipe devait faire quelque chose de grand. Et il fallait Samuel. Je l’ai depuis petit dans l’équipe. En amateurs, Jose Nazabal m’a aussi donné beaucoup de satisfactions. Et déjà avec l’équipe professionnelle, le meilleur a été d’aller au Tour et de gagner une étape comme celle de Laiseka. Et celle qu’il a gagné sur la Vuelta, à Abantos.

- ECD : Quel cycliste t’a le plus impressionné ?

- Miguel M. : Merckx. La SVAC l’a amené un week-end à Bilbao pour un critérium à Txurdinaga et un autre à Sollube. Merckx voulait gagner celui de Sollube, mais il s’est trompé de panneau et il a été battu. Il était impressionnant à voir.

- ECD : Qu’est-ce que tu aime le moins dans le cyclisme ?

- Miguel M. : Les représentants. Il n’ont pas de sentiments. Certains ne s’intéressent pas aux gamins. J’ai eu de mauvaises expériences. Je ne le verrai sans doute jamais, mais il y aura un jour une loi qui régule leur activité. Alors le cyclisme se rendra compte du mal qu’ont fait certains représentants.

- ECD : En novembre tu auras 65 ans. La retraite.

- Miguel M. : Je vais me retirer de l’équipe professionnelle. C’est dur de s’en occuper et en plus, j’ai trouvé une personne, Igor Gonzalez de Galdeano, qui est capable de le faire. Mais je ne peux pas quitter la Fondation Euskadi, la base de ce sport. C’est de pire en pire. C’est difficile de voir un gamin qui aime le vélo. Il faut aller les chercher, les encourager. Pour ça nous avons créé une école de VTT. Pour que la peur du trafic ne nous enlève pas la base. Je veux créer un circuit de VTT dans la vallée du Txorierri. Ce serait très important. Nous ferions des courses sans danger, sans voitures. C’est ce qui me reste à faire. Ca et continuer avec la "Salle Pédagogique" de Derio. Il y passe plus de 3000 enfants par an pour y apprendre l’éducation vitale. On leur enseigne à se comporter sur la route et aussi à réparer une crevaison.

- ECD : A 17 ans tu as quitté la ferme. Tu vas y retourner à 65 ?

- Miguel M. : J’ai la ferme en moi. Mais je ne peux pas y retourner parce que je ne l’ai plus.

Traduit de deux articles en espagnol parus sur elcorreodigital.com et elcorreodigital.com


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