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Mikel Astarloza : ’Mon seul objectif pour 2009, c’est le Tour de France’

jeudi 20 novembre 2008

Mikel Astarloza, revient sur sa carrière, sa saison 2008, très régulière et envisage la saison prochaine, entièrement axée sur le Tour de France.


- Synooh : La saison 2008 est terminée et ça a été ta 7e saison comme professionnel. Après tout ce temps sur le vélo, il y a quelque chose qui t’a surpris dans le monde du cyclisme ou tout était comme tu l’avais imaginé ?

- Mikel : En fait, j’ai eu la chance d’avoir mon cousin, Iñigo Chaurreau, qui avait 6 ans de plus que moi et qui déjà, quand moi j’étais junior, était professionnel et il m’avait averti de ce que j’allais trouver dans le professionnalisme. Dans ce sens, j’ai été chanceux de savoir ce qui allait m’attendre avant d’arriver en situation. Et du coup, il y a peu de choses qui m’ont surpris, en fait.

- Synooh : Tu as sans doute vécu a décennie la plus dure du cyclisme, au moins celle avec la plus mauvaise presse pour ton sport. Quand on a passé sa vie à vélo, qu’est-ce qu’on pense de tout ce qui a été dit sur le cyclisme des derniers temps ?

- Mikel : Je ne fais pas grand cas de ces commentaires et, sincèrement, quand je vois dans la presse une info de ce genre, je ne la lis pas. Moi j’aime le cyclisme en tant que spectacle et en tant que sport et je crois que, hélas, avec tout ce qui se vend tout autour, il vaut mieux dire qu’on attrapé untel avec quelque chose, que ce soit vrai ou faux, que de parler du vainqueur de la course. Au final, tout est éclipsé. C’est dommage qu’on donne plus d’importance au dopage d’un coureur qu’au vainqueur de la course. Tout cela me procure de la peine, de la colère et de l’impuissance. Impuissance parce que nous ne pouvons rien faire contre.

- Synooh : C’est très injuste parce que, en plus, il semble qu’un cas positif dans le cyclisme porte préjudice à tout le groupe alors que ce n’est pas le cas dans d’autres sports.

- Mikel : Oui, c’est sûr. Mais moi je suis très fier d’être cycliste et je ne m’en suis jamais caché. Quand on me raconte quelque chose de ce genre, je dis toujours que nous sommes les sportifs qui passent le plus de contrôles tout au long de l’année et que, en proportion entre les contrôles que nous passons et les cas positifs trouvés, je crois que nous sommes un des sports où il y a le moins de positifs. Dans d’autres sports, il y a très peu de positifs, mais il y a aussi très peu de contrôles et du coup (pour voir le côté positif) nous avons de la chance parce que nous avons beaucoup de contrôles et le cyclisme est un sport beaucoup plus propre que ce que croient les gens.

- Synooh : Oui, c’est sûr, j’en parlais avec Egoi l’autre jour, et il me disait que vous êtes les seuls sportifs qui ont des contrôles en dehors des compétitions.

- Mikel : C’est ça. Nous, nous devons donner l’adresse de l’endroit où nous allons être, de l’endroit où nous passerons la nuit, en permanence et ça, des fois c’est difficile. Moi, par exemple, quand je suis allé à la présentation du Tour 2009 à Paris, j’ai complètement oublier de le dire à l’UCI, et ça aurait pu me créer des problèmes s’ils étaient venus me trouver pour un contrôle. Heureusement, je n’ai passé qu’un jour à Paris et, quand je suis revenu, ils n’étaient pas passés.

- Synooh : Par chance, au moins ici en Espagne, on dirait que la tempète est passée...

- Mikel : Oui. En plus, nous avons eu la chance d’avoir des coureurs comme Alberto Contador ou Alejandro Valverde qui sont des exemples à suivre. Je crois que les gens soutiennent plus le cyclisme quand celui qui gagne est plus proche. Ce n’est pas pareil que le Tour ou la Vuelta soit gagné par un américain ou par un espagnol.

- Synooh : Quand tu étais un enfant, tu as fait du football et de la pelote basque, mais je crois que tu voulais être rameur, non ?

- Mikel : Oui, en fait c’est une petite anecdote. Moi, depuis petit, je jouais au football et à la pelote basque (comme tous les gamins basques de cet âge), mais mon père avait été rameur et moi j’avais l’espoir de le devenir, mais il ne voulais pas me laisser ramer si jeune, parce que lui avait eu beaucoup de problèmes d’épaules à cause de ça et donc, je me suis disputé avec lui et je lui ai dit que s’il ne me laissait pas être rameur, je serais cycliste (rires). La famille de ma mère avait une tradition cycliste et, à 11 ans, ils m’ont offert un vélo, j’ai commencé et j’y suis toujours.

- Synooh : Ca a été plus par obstination que pour autre chose, non ?

- Mikel : Oui, je crois que c’est une idée que j’ai eu à cet âge là et tu sais, quand on t’inderdit quelque chose, tu le veux encore plus et dans mon cas, l’interdiction c’était les rames, je voyais qu’ils ne me laisseraient pas le pratiquer et j’ai choisi un sport dont je ne sais pas s’il est plus dur, mais qui n’a rien à envier à celui de rameur pour la dureté.

- Synooh : Et quels souvenirs as-tu de ces débuts ?

- Mikel : Mais très bons. Je dis toujours que le vélo m’a donné beaucoup plus que ce qu’il m’a enlevé. Je me suis fait beaucoup d’amis avec lesquels je reste en contact même si eux ont abandonné le cyclisme, et surtout, ça m’a permit de murir. Le cyclisme te donne beaucoup de responsabilités par rapport aux entrainements et je crois que grâce à lui j’ai eu la chance de murir et d’être une personne responsable très tôt.

- Synooh : Je suppose que les moments les plus durs aussi se vivent au début, non ?

- Mikel : Bon, c’est différent ? Moi je crois que quand j’étudiais, je sortais de l’école et la priorité était d’aller m’entrainer, je sortais en faisant des étincelles parce que j’avais beaucoup d’espoir. En amateur, en fait, le cyclisme est un hobby et tu en profites comme jamais, et maintenant, en professionnel, nous rions parce que nous avons tout le temps du monde pour nous entrainer et parfois nous n’avons pas le courage. Moi, quand j’ai un jour comme ça, un peu mou, où je n’ai pas le courage de sortir, je me rappelle de cette époque où je me levais à 7h du matin pour aller à l’école, où je passais ma journée dans les livres, et où la récompense de la journée était de pouvoir aller m’entrainer, même s’il pleuvait ou s’il neigeait.

- Synooh : C’est ce qu’on dit souvent, quand le hobby devient ton travail, ce n’est plus un hobby...

- Mikel : C’est différent, parce que tu as une obligation, on change de point de vue : tu perds l’envie du hobby, mais tu gagnes le fait d’avoir cette obligation de devoir être bien quelle que soit la course. Cette responsabilité, au moins pour moi, ça m’encourage à travailler dur, fort, à prendre soin de moi, et je crois que c’est le bon côté du fait que ce soit un travail.

- Synooh : A quel moment te rends-tu compte que tu vas pouvoir te dédier au cyclisme professionnel ?

- Mikel : Depuis très jeune je savais que je voulais devenir professionnel, dès 14 ou 15 ans, je rêvais de courir un Tour de France ou une Clasica San Sebastian, où je voyais mes idoles à la TV ou en direct et bon, j’ai eu la chance de m’améliorer d’année en année jusqu’à ce que, en amateur, je me rende compte que le cyclisme était un sport qui me convenait bien, mais qui nécessiterais un peu de chance pour pouvoir passer en professionnel. Il y a beaucoup de bons cyclistes qui par malchance, n’arrivent jamais chez les pros, il n’y a pas de place pour tous.

- Synoh : Un fois professionnel, on te remarque d’abord dans les contre la montre, alors que maintenant tu passes partout. Comment te définirais-tu comme cycliste ?

- Mikel : Je suis complet. Le contre la montre a toujours été ma spécialité depuis très jeune, c’est là que j’ai obtenu l’immense majorité des victoires que j’ai. En dehors des chronos, pour mes caractéristiques, en étant très mince, je me défends bien en montagne et surtout en haute montagne, dans des cols qui conviennent bien à ceux qui ont de la résistance et qui peuvent supporter un effort très long. Au contraire de tout ça, je dis toujours que j’ai une pointe de vitesse assez ridicule. Que quelqu’un comme moi qui a passé la moitié de sa vie sur un vélodrome ait si peu de vélocité, c’est quelque chose qui m’énerve beaucoup. Je vois que je perds beaucoup de chances de gagner une course ou de faire de bons postes du fait que je ne sois pas rapide et en fait, ça m’ennuie beaucoup de ne pas avoir cette pointe de vitesse pour pouvoir m’imposer et du coup de ne pas avoir un palmarès assez fourni en victoires. Rends toi compte que, à chaque fois que je suis arrivé échappé avec d’autres (que ce soit un, deux ou dix), je n’ai jamais gagné, à chaque fois que j’ai gagné ça a été en solitaire ou en contre la montre, et c’est très triste de ne pas pouvoir battre un autre coureur au sprint, parce que dès que nous arrivons à deux, je fais second et si nous arrivons à 5, je ne fais jamais mieux que 4e...

- Synooh : Peut-être que ce manque de vélocité, tu le remplaces par ta régularité, puisque, à part en 2003, tu as toujours fini parmi les 25 premiers du Tour, et obtenant ton meilleur résultat en 2007 avec une 9e place. Jusqu’où crois-tu pouvoir arriver dans un tour de 3 semaines ?

- Mikel : Je ne le sais pas encore. J’ai montré que je peux être présent, tant l’année dernière avec la 9e place que cette année avec la 15e, que je peux être devant et que je suis complet pour disputer un grand tour, mais le plafond, je ne sais pas où il est. J’ai 28 ans, j’ai été une fois dans le Top 10 du Tour et l’année qui vient, le pari sera clairement sur le Tour de France, il faudra commencer l’année tranquillement, garder des forces et la préparation va se focaliser exclusivement sur le Tour de France. C’est un pari risqué, mais tant l’équipe que moi, nous avons décidé de le faire et nous espérons que ça réussira.

- Synooh : C’est risqué en sachant que le Tour est, sans aucun doute, le plus dur des 3 grands tours...

- Mikel : Je dis souvent à mes amis que si une année je ne peux pas le disputer à cause d’une blessure ou d’autre chose, cette année me semblerait sans goût du point de vue sportif. Pour moi, c’est le point culminant de la saison, où on profite le plus et pour lequel je me sacrifie le plus, parce que c’est une course qui m’a toujours beaucoup donné, et pas seulement en la courant, mais aussi en la voyant : mon rêve a toujours été de courir le Tour de France.

- Synooh : Une fois ce rêve réalisé à de multiples occasions et que tu es arrivé parmi les 10 premiers, tu t’es fixé d’autres buts ?

- Mikel : En 2009 je disputerai mon 7e Tour de France et le but je le vois très clairement : faire mieux que les fois précédentes. C’est difficile que les choses se passent bien à chaque fois : il y a des fois où, pour une raison ou une autre, le résultat ne reflète pas le rendement que tu as donné. Par exemple, cette année j’ai eu un très bon rendement sur le Tour et pourtant, le résultat n’est pas aussi bon que l’année précédente. En définitive, l’intention pour l’année prochaine est d’améliorer le rendement et, si la chance m’accompagne, améliorer aussi le résultat.

- Synooh : Le parcours du Tour de l’année prochaine réussira peut-être mieux à l’équipe qu’à toi personnellement, parce qu’il y a très peu de contre la montre... Qu’est-ce que tu en penses ?

- Mikel : Moi, ce parcours m’a beaucoup plus : la montagne est très répartie, il y a 3 jours dans les Pyrénées, trois jours dans les Alpes, l’avant-dernière étape au Mont-Ventoux... Ce sont des cols qui me vont très bien, tant dans les Pyrénées que dans les Alpes ce sont de longs cols, pour des coureurs résistants. Il n’y a pas de Massif Central, qui ne me va pas du tout, heureusement, nous l’approcherons à peine et le seul "mais" que j’ai, c’est qu’il y a très peu de contre la montre pour reprendre du temps aux grimpeurs purs.

- Synooh : Et ça te choque un peu le transfert très long l’avant-dernier jour du Mont Ventoux jusqu’à Paris...

- Mikel : Oui, mais bon, ça fait partie du Tour de France. Si le Tour est grand c’est justement pour ça. Ils aiment vendre cette image. C’est une course très bien organisée et je crois que ça fait partie du spectacle.

- Synooh : Changeons un peu de sujet. Tu as fait ta carrière professionnelle entre Ag2r et Euskaltel. Quelles sont les différences que tu as rencontrées dans la façon de voir le cyclisme et de le travailler entre les 2 équipes ?

- Mikel : En fait, ça n’a rien à voir. On croirait impossible qu’en courant dans le même peloton, il y ait des habitudes si différentes. Même au niveau des entrainements, les français s’entrainent beaucoup dès le premier jour. Je me souviens que dès les premières concentrations, nous nous crevions de façon horrible. Chez Euskaltel on s’entraine avec un peu plus de cerveau, je crois, avec moins de volume mais un entrainement plus attentif, plus personnel. Les jours de compétition aussi sont très différents. Je me souviens que, quand j’étais en France, je courais plus de 90 jours de compétition et ça, dans le cyclisme espagnol, c’est une folie. On fait plus attention au coureur dans ce sens là. Et puis aussi, je me souviens qu’en France, j’ai perdu une bonne habitude, et c’est qu’en Espagne j’avais l’habitude de manger des fruits ou des yaourts, alors que là-bas je me suis habitué au bon (rires). Même si beaucoup de gens disent qu’en France on mange mal, j’ai toujours dit que non, qu’il faut connaître la cuisine française, que j’aime bien manger et que là-bas j’en ai profité comme un nain. Je me souviens en particulier des desserts chaque jour (rires).

- Synooh : S’il y a quelque chose que perçoivent les fans, et c’est quelque chose que j’ai déjà discuté avec Igor, Egoi et Amets, mais que je ne me fatigue pas de commenter, c’est la bonne ambiance qu’il y a chez Euskaltel. On le voit beaucoup plus que dans n’importe quelle autre équipe cycliste...

- Mikel : C’est peut-être parce que nous sommes tous des coureurs basques et que nous avons grandi ensemble. Nous étions ensemble dans les catégories inférieures, dans les sélections régionales pour les championnats d’Espagne... et nous nous entrainons ensemble (pas tous, mais moi par exemple, j’ai l’habitude de m’entrainer avec 4 ou 5 co-équipiers) et ça fait que tu as, à côté de la relation professionnelle, une relation personnelle aussi. Ca, c’est quelque chose qu’ils n’ont pas dans les autres équipes, mais je crois que c’est aussi que s’il y a un coureur italien et un autre allemand, c’est normal qu’ils n’aient pas beaucoup de relations, simplement à cause des kilomètres qui les séparent. Nous, nous avons la chance de vivre tous très proches et ça facilité beaucoup les choses pour que les relations personnelles soient resserrées.

- Synooh : Comment as-tu vécu la victoire de Samu aux JO de Pékin ?

- Mikel : Bouh ! J’étais à la maison, je regardais la TV. Je n’ai pas pu sortir sans savoir qui allait gagner, parce que je voyais que nous avions nos chances. Quel que soit le sport, c’est le mieux que tu puisses obtenir. Même si dans le cyclisme, on valorise beaucoup le Tour, le Giro ou la Vuelta, une Olympiade, c’est une Olympiade, c’est tous les 4 ans et personne n’oublie jamais celui qui a remporté une médaille olympique.

- Synooh : C’est or a été la cerise sur le gâteau d’une bonne saison d’Euskaltel, même si ensuite la chute d’Igor à la Vuelta laissera un goût amer, mais... quel bilan fais-tu de ta saison au plan individuel ?

- Mikel : Personnellement, je crois que ça a été une très bonne saison. Dans toutes les courses, sauf au Tour de France, j’ai été dans les 10 meilleurs. Au Tour, j’ai été assez proche des meilleurs, à la Vuelta, j’y suis allé un peu plus tranquille avec l’idée d’aider mes co-équipiers. Je crois qu’être dans les 10 premiers au classement général de tous les tours d’une semaine auxquels j’ai participé est quelque chose de difficile à faire. Je me suis montré à moi-même que je suis capable de faire une saison très régulière et je te dirais qu’il m’a manqué une victoire. Je n’ai pas réussi à lever les bras cette saison. C’est le seul regret que j’ai : c’est dur d’être toujours devant et de ne pas pouvoir obtenir une victoire. Mais bon, tous me disent que celui qui joue à la loterie finit toujours par gagner, et je crois que ça finira par m’arriver à moi.

- Synooh : Mikel, pour terminer, je vais te faire un petit test avec lequel on pourra un peu mieux te connaitre :

Comment tu te définirais en 3 ou 4 mots ?
Je me considère comme un mec joyeux, optimiste et ami de mes amis.
Ta principale vertu ?
La résistance.
Ton pire défaut ?
Etre têtu.
Un cycliste ?
Lance Armstrong.
Un chanteur, un groupe de musique ?
La Oreja de Van Gogh (voir laorejadevangogh.com)
Un acteur ?
Nicolas Cage.
Une actrice ?
Susan Sarandon.
Un lieu pour vivre ?
San Sebastian.
Un lieu où se perdre ?
Une ile perdue au milieu du Pacifique.
Tu ne pourrais pas vivre sans...
Amis.
Le verre, il est à moitié plein ou à moitié vide ?
Toujours à moitié plein.

Traduit d’un article en espagnol paru sur synooh.com


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