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Amets Txurruka : ’Ce n’est pas le parcours, mais les cyclistes qui font que le Tour est dur’

vendredi 14 novembre 2008

Interview d’Amets Txurruka. Retour sur sa carrière, ses souvenirs, quels sont ses rêves pour l’avenir ?


- Synooh : La saison 2008 est terminée et, même si elle a été bonne, peut-être l’équipe a-t-elle gardé un goût amer, suite à la chute d’Igor sur la Vuelta. Qu’en est-il pour toi, tant collectivement qu’individuellement ?

- Amets : Bon, au final, comme tu le dis bien, cette chute nous a surpris ; En fait nous avions confiance en Igor qui était le pari de l’équipe pour la Vuelta. Nous l’aidions tous et nous voulions bien faire avec lui et la chute nous a laissé un goût amer et au final, on est resté comme ça parce qu’on garde la dernière sensation qu’on a eu. De toute façon, l’année a été positive, nous avons fait de très bonnes choses comme le maillot d’Egoi, un bon Tour, les JO de Samu... En général, ça a été une année assez bonne.

- Synooh : Lors de la première saison chez les pros, avec Barloworld, tu es passé plus ou moins inaperçu pour le grand public, en raison de l’absence de l’équipe sur les grands tours, mais ton bon travail a fait qu’Euskaltel Euskadi t’a appelé. Qu’est-ce que ça représente pour toi cet appel d’Euskaltel ?

- Amets : C’était beau. En fait, j’étais bien chez Barloworld, mais quand l’équipe de chez toi t’appelle, le fait qu’ils pensent à toi, qu’ils te donnent la possibilité de courir des courses ProTour, des grands tours... ça m’a fait plaisir et au final, j’ai décidé de changer et je suis très satisfait de la décision que j’ai prise.

- Synooh : Lors de ta première année chez Euskaltel, tu débutes sur le Tour de France avec une 23e place au général et le prix de la combattivité, et habillé du maillot du meilleur jeune sur les Champs Elysées. Quels souvenirs as-tu du podium du Tour à Paris ?

- Amets : C’était superbe. Ca restera dans mes souvenirs toute ma vie. En fait, je n’espérais pas faire un si bon Tour, même si ce n’était pas le premier grand tour que je faisais (j’avais fait la Vuelta avec Barlowolrd, mais ce n’était qu’une dizaine de jours) et je ne savais pas comment mon corps allait s’adapter (en amateur non plus je n’avais pas fait beaucoup de tours), j’étais dans le doute et puis, la première semaine, j’étais un peu juste, j’avais l’impression qu’ils allaient tous très vite et puis ce n’était pas mon terrain. Et puis, petit à petit, je me suis senti mieux, la seconde semaine j’étais bien, j’ai été dans les échappées, je voyais qu’il y a avait des possibilités et regarde, au final, je suis 23e au général, je me suis battu dans les étapes, ils m’ont donné le prix de la combattivité, je portais le maillot de meilleur jeune sur le podium des Champs Elysées... tout était très spécial.

- Synooh : Tu disais que sur ton premier Tour, la première semaine ne te convenait pas beaucoup. En 2009, le parcours de la première semaine convient mieux aux grimpeurs, non ?

- Amets : Oui, il semble qu’il y ait beaucoup de montagne, même si c’est de la moyenne montagne, les étapes casse-pattes qu’on paie par la suite. Le terrain me plait à moi. C’est ce à quoi nous sommes habitués ici, ce ne sont pas des cols très hauts. En principe, nous sommes devant un parcours qui nous convient bien, mais le Tour, plus que le parcours, ce sont les cyclistes qui le font dur. Le parcours est ce qu’il est le Tour sera dur de toute façon.

- Synooh : En plus, le Tour de France, des 3 grands tours, c’est celui qu’on prépare le plus et on y retrouve les meilleurs...

- Amets : Oui, c’est ça. Tout le monde veut courir le Tour, ceux qui y vont sont les meilleurs du monde et personne n’y va pour préparer autre chose. Tout le monde y va à 100% et c’est ça qui fait la différence, que tout le monde y aille à fond et se batte pour tout.

- Synooh : Et toi, tu es plus un coureur du Tour que de la Vuelta...

- Amets : Oui, en fait, je me sens bien sur le Tour. J’aime bien la chaleur qu’il fait à ce moment là, et pour ce qui est de la préparation jusqu’ici ça s’est bien passé et en plus, c’est justement le Tour et les courses espagnoles qui sont les objectifs prioritaires et on cherche toujours à le faire du mieux possible. Jusqu’ici ça s’est bien passé et on espére que ça continuera comme ça.

- Synooh : Comment te définirais-tu, toi en tant que cycliste ?

- Amets : Bon, je ne sais pas, en fait, je ne me détache spécialement sur aucun terrain (rires). Avec le corps que j’ai, en théorie, je devais être un grimpeur, mais il y a des gens qui grimpent bien mieux que moi. Je ne suis pas non plus très rapide... (rires). Plus que jamais, je suis combattif, j’essaie de donner tout ce que j’ai et tirer le maximum dans n’importe quelle étape. Je ne suis pas de ceux qui en choisissent une et disent : "celle là c’est la mienne"... J’essaie de mettre à profit au maximum, donner le maximum et aussi j’essaie de donner un coup de main à mes co-équipiers. Nous qui ne sommes pas très bon sur un terrain en particulier, nous devons apporter ce que nous pouvons (rires).

- Synooh : Quand tu étais petit, qu’est-ce qui t’a amené à choisir le cyclisme ?

- Amets : Bon, moi je faisais un peu de tout. Mon frère ainé faisait du vélo aussi et nous allions voir ses courses. J’aimais l’ambiance qu’il y avait et en plus j’ai toujours aimé les sports d’extérieur, et le vélo te donne cette possibilité de sortir, de profiter du paysage... Et j’ai commencé à sortir, ça me plaisait et ça continue encore comme ça.

- Synooh : Et ce n’est pas dur cette phase d’amateur ? Ca n’est pas long avant de passer professionnel ?

- Amets : Si, si, c’est dur. Il faut faire les choses comme en professionnel et, à côté, étudier et trouver du temps pour tout. En plus, la récompense obtenue n’est pas la même qu’en professionnel. Mais au final, il te reste toujours le rêve d’arriver chez les professionnels et, le jour où ça arrive, tu vois que tu as réalisé le rêve et ça récompense tous les sacrifices que tu as fait jusque là.

- Synooh : Quand t’es-tu rendu compte que tu allais pouvoir te dédier au cyclisme en tant que professionnel ?

- Amets : Très tard en fait. Moi, la première année d’amateur, j’ai assez bien marché, appréciant beaucoup, mais la 3e année, j’ai une un gros accident avec une voiture et je me suis cassé le fémur et j’ai vu que ma carrière n’avançait pas. J’ai passé pratiquement toute cette saison en blanc et l’année suivante, je n’ai jamais réussi à retrouver les sensations que j’avais avant l’accident. Du coup, j’ai pensé que je n’arriverais pas à évoluer beaucoup plus, je pensais que j’en resterais là, que mon aventure dans le cyclisme arrivait à sa fin, mais comme j’aimais ce que je faisais, j’ai continué et ça s’est mieux passé en fin de saison, ce qui m’a encouragé à continuer pour une 5e saison en amateur, et ça a été une année où j’ai trouvé une très bonne ambiance, tout se passait bien, je prenais du plaisir sur le vélo, et finalement, il y a eu des résultats.

- Synooh : Je suppose que l’appel de Barloworld a été comme un rêve accompli, non ?

- Amets : Oui, c’est ça. Ca a été assez tard, en plus. J’attendais de voir si une équipe m’appelait, on me disait d’être tranquille, que tout irait bien et au final, on est arrivés à Noël et je ne savais rien et j’attendais assez nerveux. Mais au final, ils m’ont appelé, je suis allé en Italie pour signer et c’est ce que tu dis : un rêve réalisé.

- Synooh : Et quels rêves te reste-t-il à réaliser dans le monde cycliste ?

- Amets : Bon, je rêve toujours de gagner une fois (rires). Je sais que je ne suis pas un gagneur, mais j’ai cet espoir. Peu importante quand et où, mais nous verrons si je peux gagner une petite étape et sinon, réaliser mes rêves peu à peu : en faisant bien les choses comme nous l’avons fait cette année et si ça ne peut pas être moi, qu’un co-équipier le fasse.

- Synooh : Mikel Astarloza me racontait quelque chose de similaire : qu’il est toujours dans les échappées mais qu’après il est extrêmement lent et donc qu’il ne peut rien gagner...

- Amets : (rires) Pour moi, c’est pareil, alors qu’en cadet et junior j’étais un sprinteur. Eh ? (rires). J’étais un gars rapide et quand on arrivait en petit groupe... (sourire) Mais bon, je pesais 6 ou 7 kg de plus qu’aujourd’hui, et je n’étais qu’un enfant encore. Maintenant, comme me disait un de mes amis : "Si vous arrivez à 5, tu fais 6e" (rires), aussi, soit j’arrive seul soit j’arrive avec d’autres et ce sera très très mauvais, mais allons y. L’année dernière j’ai fait un pari justement avec Mikel, parce qu’il disait qu’il était très lent et moi je disais que je l’étais plus et finalement, nous avons dit : "Allez ! Nous allons faire un sprint" (rires). Ma chaine a sauté (au moins j’ai cette excuse) et nous avons arrêté le sprint au milieu (rires).

- Synooh : On va être un peu plus sérieux. Quand tu dédie toute ta vie au cyclisme, comment vis-tu la façon dont les médias ont traité ce sport ces dernières années ?

- Amets : C’est dommage parce qu’au final, tout l’aspect sportif est dévoré par ces questions extra-sportives et on dirait que tout le sacrifice que nous faisons n’est pas du tout valorisé. On dirait que ceux qui marchent bien le font grâce à ça et toutes les nouvelles sont sur le dopage. C’est dommage que tout le sacrifice et toute la beauté qu’a le cyclisme soit effacés par ça, mais bon, on ne peut pas y faire grand chose.

- Synooh : En plus, je crois que ça a fini par inscrire dans la tête des gens que "si tu ne gagnes pas, tu es une couverture, mais si tu gagnes, c’est parce que tu est au sommet d’un tas de merde"...

- Amets : C’est vrai. Au final, avec ce qui leur est expliqué, les gens ont cette idée en tête. Figure toi que nous passons des contrôle à n’importe quel moment, à n’importe quelle heure, ils vienent chez nous pendant la nuit, le matin, nous devons toujours être disponibles... Et malgré cela, le pourcentage de contrôles positif est très réduit. Les relevés objectifs montrent que le cyclisme n’est pas si sale qu’on le dit.

- Synooh :Même si le pourcentage de cas positifs était minime, en étant le seul collectif de sportifs qui passe des contrôles même en dehors des compétitions, ça fait que le nombre de positifs serait supérieur...

- Amets : Bien-sûr, ça joue en notre défaveur : nous passons tant de contrôles que forcément, il y a plus de positifs.

- Synooh : Par chance, il semble que le moment difficile soit en train de passer et que, au moins en Espagne, on retrouve l’intérêt pour le cyclisme qui semblait avoir disparu quelques années auparavant...

- Amets : C’est aussi que ce bon moment du cyclisme espagnol tient aussi à cela : Sastre a gagné le Tour, Contador le Giro et la Vuelta, Samu la médaille d’or aux Jeux Olympiques... Les coureurs espagnols font de grandes choses et ça, ceux qui aiment le cyclisme, en tiennent compte et le suivent contre ceux qui voudraient vendre une mauvaise image de notre sport.

- Synooh : Amets, tu es l’un des rares coureurs qui allie son activité de cycliste professionnel et ses études. C’est dur ?

- Amets : Oui, oui, c’est dur et, comme tu l’imagine, c’est très facile d’abandonner. Moi je le faisais, mais dernièrement j’ai lâché un peu. Du temps, j’en ai, mais il faut s’y mettre, se fixer des horaires, être assez discipliné, constant et ne pas abandonner. Rends toi compte qu’en amateur, nous le faisions mais, maintenant, plus vieux, il faut se forcer un peu parce qu’il faut beaucoup de courage pour s’y mettre (sourire).

- Synooh : Du coup, si tu n’avais pas été cycliste, tu sais clairement ce que tu aurais fait, non ?

- Amets : Bon, je ne sais pas si c’est si clair, mais j’aurais fait autre chose, oui. L’année où j’ai signé chez Barloworld, une semaine avant de commencer la première concentration, j’étais ici, à l’école, comme professeur d’éducation physique, mais quand j’ai signé pour un an chez Barloworld, j’ai du laissé ça de côté.

- Synooh : Que te donne le cycliste qu’aucun autre sport n’aurait pu te donner ?

- Amets : Je ne sais pas, il me donne beaucoup de choses : des amis, de bons moments, de mauvais moments (même si les premiers compensent les seconds), la possibilité de faire un travail qui me plait et qu’en plus on me paye pour ça... C’est beaucoup de choses.

- Synooh : Si tu pouvais faire un voeux sportif pour 2009, quel serait-il ?

- Amets : Que je garde la santé, que je n’ai aucune blessure, que je continue à progresser et, s’il tombe une victoire d’étape, que ce soit n’importe où, si je peux lever les bras ce serait l’idéal (rires).

- Synooh : Pour finir, un petit test pour te connaitre un peu mieux :

Comment tu te définirais en 3 ou 4 mots ?
Combattif, un peu têtu et constant.
Ta principale vertu ?
La constance.
Ton pire défaut ?
Je suis un peu négligent parfois.
Un cycliste ?
Marino Lejarreta.
Un chanteur, un groupe de musique ?
Bon, j’ai mon frère qui est musicien (rires)
Un lieu pour vivre ?
An Pays Basque, aussi près de la côte que de la montagne.
Un lieu où se perdre ?
Moi, j’aime bien aller en montagne, dans les Pyrénées, monter tranquillement, faire un bon bout de chemin... C’est un plaisir.
Tu ne pourrais pas vivre sans...
Ouf ! (rires) Beaucoup de choses... Tu m’as trouvé, là (rires).
Un vice avouable ?
Avant d’aller au lit, un Colacao (boisson chocolatée) et un biscuit (rires).
Le verre, il est à moitié plein ou à moitié vide ?
Je tente de le voir à moitié plein, mais il y a des jours où c’est impossible.

Traduit d’un article en espagnol paru sur synooh.com


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