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Alberto Contador et Samuel Sanchez discutent du cyclisme, de la célébrité, de la vie et de la mort.

lundi 10 novembre 2008

Samu : "Moi je n’oublierai pas ce que j’ai ressenti en remportant l’or à Pékin. La première embrassade à l’arrivée, c’était avec toi". Alberto : "C’était une embrassade très spéciale, très ressentie. Cette victoire, je l’ai vécue comme si c’était la mienne".


- Samuel Sanchez : Les récompenses, c’est bien, mais c’est le plus dur en hiver. Des fois, tu voudrais qu’arrive le début de saison pour te reposer et t’entrainer parce qu’en ce moment, ça devient même compliqué de trouver une date pour partir en vacances.

- Alberto Contador (AC) : Moi j’organise mon agenda à travers mon chargé de presse et mon frère. Grâce à eux, mon téléphone est moins chargé. C’était invivable ! En hiver tu as peu de temps pour toi. Tu ne peux pas profiter de tes amis et de ta famille.

- Samu : Mais ne nous plaignons pas. L’année a été extraordinaire pour le cyclisme espagnol. Giro, Tour, Vuelta, Jeux Olympiques, Liège, Pais Vasco, San Sebastian, Paris-Nice... Dans le sport rien n’est impossible, mais qu’un pays gagne à nouveau tout ça me semble compliqué.

- AC : C’est un concours de circonstances. Si le Tour n’avait pas exclu mon équipe (Astana), je n’aurais couru ni le Giro ni la Vuelta. Le cyclisme espagnol est au sommet, mais ce n’est pas du au fait que nous nous préparons mieux. Simplement, nous avons beaucoup de coureurs de qualité sur beaucoup de fronts.

- Samu : Et nous gagnons jusqu’aux grandes classiques.

- AC : Oui, mais le cyclisme espagnol ne traverse pas ses meilleurs moments en ce qui concerne les sponsors. Dans le Pro Tour, il n’y a qu’une seule équipe 100% nationale, c’est Euskaltel Euskadi, parce que la Caisse d’Epargne a un sponsor français et ceux de Scott-American Beef (ancien Saunier Duval) sont américains. Il y a peu nous avions 4 équipes. Aussi, si les choses continuent ainsi, j’ai confiance dans le fait qu’il y aura plus de sponsors espagnols.

- Samu : Le cyclisme est entré dans une nouvelle époque. Il continue à sortir des cas de dopage, comme ceux de Ricco, Piepoli, Kohl et Sella, mais le collectif cycliste peut être fier d’appartenir à un sport propre. Nous passons plus de contrôles que n’importe quel sportif. Nous suivons un programme spécial, le passeport biologique. Nous avons des contrôles à la maison et en compétition. En plus, il y a aussi des positifs dans d’autres sports, mais quand c’est un cycliste, ça devient un scandale incroyable. Le cyclisme est sain, mais le traitement médiatique que nous recevons n’est pas juste.

- AC : Il y a des choses que je ne comprends pas. Je ne sais pas jusqu’à quel point c’est plus rentable pour une entreprise, ou pour une ville comme Madrid, d’être 5 jours sur un tournoi de tennis plutôt que de briller toute l’année avec une équipe cycliste. Je pense que c’est du à la peur qu’ont les entreprises des cas positifs. C’est différent dans chaque pays. En Espagne, les gens sont enthousiaste, mais en Allemagne la chose est fatale.

- Samu : Et en Italie, moyen.

- AC : Bettini m’a dit que le cas de Ricco a fait beaucoup de mal. Il était le grand espoir du cyclisme italien. Il a été mon grand rival dans le Giro. Il était très fort. Trop ? Un cycliste ne peut pas suspecter un rival. Je ne l’ai jamais fait parce que je n’aime pas que les autres me questionnent. Quand tu perds, tu ne peux pas te justifier en disant "celui-ci fait ça". En plus, les gens sont de plus en plus conscients, ils savent quelle est la nouvelle mentalité, que les méthodes anti-dopage fonctionnent de mieux en mieux... Il sort de nouveaux modes de détection et il se passe ce qui s’est passé sur le Tour (Ricco, Piepoli et Kohl pris positifs à la CERA). Nous sommes sur le bon chemin.

- Samu : Le cyclisme est un grand spectacle et il a le Tour, la plus grande course, celle qui te donne et t’enlève tout. Il y a tant de journalistes, là-bas que chaque chose qui survient a un retentissement mondial. Et il a une histoire, une tradition, une légende.

- AC : J’ai toujours rêvé du Tour. Quand j’étais amateur, déjà je pensais à le gagner, mais je ne le disais pas parce que les gens auraient dit "Celui-là, il a un oiseau dans la tête qu’on ne voit pas". Ca change la vie. Moi j’étais quelqu’un avant de gagner le Tour et je suis différent maintenant. Quand j’ai gagné Paris-Nice, dans mon village il ne s’en sont pas aperçu : une brève dans le journal local. Mais quand j’ai gagné le Tour et que je suis rentré à Pinto, j’ai eu la chair de poule.

- Samu : Et s’il manquait quelque chose, maintenant, Armstrong revient. L’annonce de son retour m’a laissé perplexe. Pourquoi un type qui a gagné 7 Tours revient-il ? Il s’ennuie ? 3 années d’arrêt... Pour toi, Alberto, ça a créé une situation délicate. La route vous mettra chacun à votre place.

- AC : La situation ne va pas être si délicate. La presse a monter une polémique plus importante que celle qui existe.

- Samu : La presse voulait vous opposer, Lance et toi.

- AC : Moi je ne veux pas d’affrontements. Au début, j’ai pensé que, avec Lance dans l’équipe, les choses n’étaient pas positives pour moi, mais maintenant je vois ça autrement. Je n’ai toujours pas parlé avec Armstrong, mais je veux le faire. Notre relation va être la plus fluide possible. Putain, c’est le coureur que j’ai toujours admiré ! Quand j’ai été malade, il a été mon inspiration, par la façon dont il avait affronté et vaincu le cancer.

- Samu : Ma mère est morte du cancer. Je l’ai perdue quand j’avais 21 ans. Je vivais seul avec elle. Mes parents étaient séparés. La perte d’un être tant aimé change la façon d’appréhender les choses. La vie te met dos au mur, elle t’oblige à mûrir. De la nuit au matin, je me retrouvais seul, perdu. J’étais cycliste professionnel, oui, mais je ne savais rien faire d’autre. Il faut essayer de ne pas perdre la tête parce que ce n’est pas facile à 21 ans. Tu apprends a apprécier les choses qui importent vraiment. Les problèmes n’existent pas, nous les créons. Ca m’a rendu plus fort.

- AC : La maladie a marqué un changement dans ma vie. J’ai toujours été très ambitieux au niveau sportif, mais maintenant j’apprécie des choses auxquelles je ne faisais pas attention avant, comme prendre un café avec un ami. Quand tu passes tant de temps dans un hôpital, savoir si tu remonteras à vélo devient quelque chose de secondaire parce que tu ne sais pas si tu pourras avoir une vie normale. Tu te mets à penser qu’à n’importe quel moment tu peux avoir une autre hémorragie et perdre la mobilité ou la vue, et c’est là que tu apprécies ce que tu as. Quand on m’a dit que je pouvais refaire du vélo, un 27 novembre, il pleuvait à torrent et il faisait 3°C, mais je suis sorti m’entrainer parce que je me sentais privilégié alors qu’avant je n’avais aucun courage dans les mauvais moments. Quand les choses ne sont pas faciles, c’est là qu’on donne le meilleur.

- Samu : Les gens peuvent penser que nous sommes jeunes, riches et célèbres, mais tout ça sans la santé ne vaut rien. Regarde Ballesteros. Ce n’est pas celui qui a le plus qui est le plus riche, mais celui qui doit le moins ou celui qui sait profiter. Il faut profiter des bons moments, les savourer. Moi je n’oublierai pas ce que j’ai ressenti en remportant l’or à Pékin. La première embrassade à l’arrivée, c’était avec toi.

- AC : C’était une embrassade très spéciale, très ressentie. J’avais presque les larmes aux yeux, alors que je ne suis pas très émotif. Cette victoire, je l’ai vécue comme si c’était la mienne.

- Samu : J’ai beaucoup profité de te voir gagner le Giro. Le premier jour, quand tu n’as perdu que quelques secondes, c’était clair : "S’il n’abandonne pas, il remporte le Giro". Et ça alors que le mois avant tu étais à la plage, c’est ce que tu as dit.

- AC : C’est que j’étais en vacances à Cadiz ! J’ai pris le vélo sans qu’on ne me le demande, pour ne pas trop passer de temps sans m’entrainer. Par chance j’ai besoin de peu de jours d’entrainement pour me mettre en forme.

- Samu : Oui, c’était le cas pour moi aussi avant, mais les années vont commencer à peser. Et tu verras alors (rires).

Traduit d’un article en espagnol paru sur elpais.com


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