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JO de Pékin - Samuel Sanchez : "J’ai descendu les pignons, j’ai fermé les yeux et j’ai dit ’à fond’ !"

jeudi 14 août 2008

Double interview de Samuel Sanchez juste après sa médaille d’or olympique dans la course en ligne des JO de Pekin.


"Pour l’instant, je ne me rends pas encore compte de ce que j’ai réalisé"

- Diario Vasco (DV) : Tu étais ému en arrivant. A quoi pensais-tu ?

- Samu : A ma mère, à ma grand-mère. Elles sont les 2 personnes qui m’ont le plus aidé. Ma mère me disait que je pouvais être capable d’obtenir ce que je voudrais si je croyais en moi.

- DV : Tu as l’air accablé.

- Samu : C’est sûr. Pour l’instant je ne suis pas conscient de tout cela. Jusqu’à ce que je me douche, que je me repose et que je m’arrête pour y penser, je ne me rendrai pas compte de ce que j’ai fait. Quand je parlerai avec ma femme, avec les amis de toujours...

- DV : C’est un triomphe historique.

- Samu : Je dis toujours qu’être champion olympique c’est le plus rentable. Tu gagnes un jour et tu en profites pendant 4 ans.

- DV : Le premier espagnol à l’obtenir. Pionnier.

- Samu : Ca fait un peu cliché, mais c’est un rêve. Quand j’ai passé la ligne d’arrivée, je ne savais pas quoi faire : sauter ou crier... Encore maintenant je ne sais pas quoi faire. Carlos (Sastre) me le disait l’autre jour, lui qui vient de gagner le Tour. Il me disait que tant que quelques jours ne sont pas passés, on n’y croit pas.

- DV : Quand tu t’es retrouvé en tête avec Rebellin et Schleck en tête, tu pensais déjà à l’or ?

- Samu : Je savais qu’en étant 3, la médaille était assurée. Moi ça m’allait comme ça. Si tu viens aux Jeux et que tu n’as pas de médaille, ça ne vaut rien. En voyant que Cancellara revenait, je savais que tout allait se compliquer. Mais je savais que ceux qui nous avaient repris étaient plus fatigués. Kolobnev a attaqué et j’ai vu qu’il était faible. Du coup j’ai baissé les pignons, j’ai fermé les yeux et je me suis dit : ’à fond. Jusqu’à l’arrivée’.

- DV : A fond, mais en en gardant un peu pour le sprint.

- Samu : On en garde toujours un peu. J’avais peur des crampes. Dans le Tour ça c’est mal passé à plusieurs reprises.

- DV : A 18 ans, tu as pris une voiture, seul, et tu es parti à Bilbao pour devenir cycliste. Que dirais-tu maintenant à ce jeune conducteur ?

- Samu : Que tout s’obtient avec des sacrifices. Il faut tout sacrifier pour ce qu’on veut.

- DV : C’est le triomphe de la maturité ?

- Samu : Oui. Maintenant je m’entraîne mieux, je suis plus méthodique et je fais plus attention aux petits détails auxquels je ne faisais pas attention avant. Moi avant je tirais beaucoup de coups en l’air, mais c’est une erreur. Maintenant quand je tire c’est que je crois que je vais mettre dans le mille.

- DV : Tout le monde attendait Valverde et Bettini. Et ce sont les lieutenants qui ont surgi, Rebellin et toi.

- Samu : Moi je savais que j’étais bien. Je venais de faire 7e du Tour de France et à la Clasica de San Sebastian je me suis senti dans le ton. La seule peur que j’avais c’était la difficulté de contrôler une course avec seulement 5 coureurs. Et la chaleur et la déshydratation. Et les crampes.

- DV : Et puis vous avez contrôlé la course à la perfection.

- Samu : C’est que, plus qu’une sélection, nous sommes une équipe. Sastre a été le capitaine et Antequera est un monstre. C’est par le travail de tous que nous avons obtenu cela.

- DV : Tu as rapporté la première médaille d’or espagnole des Jeux de Pékin.

- Samu : J’espère qu’elle sera l’ouverture du feu. Les cyclistes espagnols sortent d’une saison spectaculaire. Et les Jeux supposent une confirmation. Dans un parcours superbe. La première fois que nous avons vu la muraille, elle nous a fait peur.

- DV : Tout comme le sport espagnol fait peur.

- Samu : Nous sommes dans une époque dorée. Nadal est le numéro 1. La sélection gagne la Coupe d’Europe (de football). Plus Pau Gasol, Fernando Alonso... De bonnes générations ont coïncidé. Et je crois que le gouvernement appuis le sport. Même si au final, tout dépend du travail et de l’amour propre de chaque sportif.

Traduit d’un article en espagnol paru sur diariovasco.com

"Moi, je n’avais gagné ni le Tour ni le Giro, mais j’étais déjà quelqu’un dans le monde du cyclisme"

- El Pais (EP) : Comment est le jour après avoir gagné l’or ?

- Samu : A cet instant précis, je te dirais qu’il est terrible parce Marcelino est en train de me piler avec le massage. Mais en général, très tranquille.

- EP : Maintenant tu ressens cet étouffement des médias et tu en viens à penser : ’si j’avais su je n’aurais pas gagné’ ?

- Samu : Non, pour rien au monde. J’ai répondu à la télévision, maintenant à vous, ça a été une journée très tranquille. Je suis sorti m’entraîner, nous sommes allés manger... ici, au village olympique, je reste une personne parmi les autres. Je suppose que si c’était à la maison ce serait différent, parce que ma femme est chez ses parents en Galice, et le téléphone ne la laisse plus vivre. Mais ici c’est très tranquille. On dirait que personne n’est au courant du fait que j’ai gagné une médaille d’or, c’est vrai. C’est mieux. Je ne crois pas non plus avoir eu la sensation d’être devenu médaille d’or. Tant que je ne reviens pas à la maison et que commencent les hommages, je n’aurai pas la sensation de me dire ’Et bien, je suis champion olympique’.

- EP : Jusqu’à quel point as-tu peur que ça change ta vie ?

- Samu : J’en ai un peu peur, mais tout dépend de moi, de si je continue à garder les pieds sur terre. Moi je n’avais gagné ni un Tour ni un Giro, mais j’étais déjà quelqu’un dans le monde du cyclisme. 5 étapes dans la Vuelta, 7e du Tour avec une équipe humble, 2e de l’UCI ProTour, j’ai déjà fait des choses, j’avais déjà un nom dans le monde du cyclisme.

- EP : Vu comment s’est jouée la victoire, tu as pu penser beaucoup de choses en passant la ligne ?

- Samu : J’ai gravée la première image que j’ai vue : Marcelino (Torrontegui, le masseur) levant les bras. Nous nous sommes embrassés.

- EP : La course s’est passée à peu près comme tu l’avais pensé ?

- Samu : Pour ce qui est de se glisser dans le groupe qui arriverait devant, oui. Valverde restait tout le temps avec Bettini... Aussi Antequera (Paco, le sélectionneur) avait beaucoup insisté sur la générosité et sur le fait que nous devions être des co-équipiers et ça a marché, nous avons tous beaucoup travaillé. Au final c’est moi qui ai été devant, parce qu’en fait je suis arrivé très affiné. Et ça s’est vu dans le final. A cet instant mon intention était de faire attention à Cancellara... mais j’ai vu clairement qu’il fallait foncer et jouer à l’intuition. J’ai pensé ’maintenant, à la mort’. Et je suis arrivé premier.

- EP : Cette médaille est la fin d’une quête ou le début d’une nouvelle vie ?

- Samu : C’est seulement la suite d’un chemin qui prend beaucoup de temps. J’espère que ce sera la fin de rien, mais pas plus un début. Le début vient de loin, de quand Madariaga a parié sur moi.

- EP : Un asturian dans l’équipe d’Euskadi, ils ont gagné la loterie avec toi.

- Samu : Ou moi avec eux. Miguel Madariaga m’a fait cycliste. Un part de cette médaille est à lui et à son fils Victor. Ils ont parié sur moi en tant qu’amateur et m’ont pris dans la meilleure pépinière d’Espagne qui est celle du Pays Basque. C’est eux qui ont défendu les statuts de la fondation contre tout, eux qui ont défendu que si j’avais couru 3 ans en Euskadi comme amateur, je pouvais courir avec eux. Je suis enchanté. C’est en grande partie grâce à l’équipe que j’ai obtenu cette victoire, elle m’a permis de préparer le Tour et les Jeux. Je ne me vois pas dans une autre équipe et j’ai un contrat jusqu’en 2010.

- EP : Mais maintenant tu es champion olympique...

- Samu : Nous nous arrangerons, c’est sûr.

- EP : Tu as la réputation d’une tête dure. Jusqu’à quel point est-ce le prix de cette opiniâtreté ?

- Samu : Appelle le tête dure, amour propre ou ambition pour me marquer de nouveaux défis. Sans cette tête dure, sans mon envie d’être meilleur chaque jour, des fois sans savoir très bien comment, simplement par la volonté, je n’aurais pas gagné cet or. J’ai travaillé toute ma vie. Comme le jour où j’arrive hors délais à l’ALpe d’Huez, le jour où Iban Mayo a gagné. Je me suis dit qu’un jour j’arriverais parmi les premiers et cette année j’ai terminé second derrière Carlos Sastre.

- EP : Dans le toboggan de la Muraille de Chine, tu avais 2 vainqueurs du Tour travaillant pour toi. Quel luxe...

- Samu : C’est moi qui ai gagné, parce que j’étais fort et parce que la course s’est passée comme ça. Mais c’est évident que sans l’effort d’eux tous, je n’aurais pas gagné. Ils savent que je leur suis très reconnaissant.

- EP : Tu pensais que tu pouvais y arriver ?

- Samu : Oui, les sensations étaient bonnes. Je savais que si j’entrais dans le groupe qui jouerait les médailles je pouvais gagner, parce que j’étais fort.

- EP : De tous les appels que tu as reçu, lequel retiens-tu ?

- Samu : Je les filtre parce que beaucoup de gens n’ont pas le mobile chinois, je préfère être sélectif... il y aura le temps. J’ai l’impression que la médaille d’or va me ruiner, parce que la facture de téléphone va tellement augmenter ! Mais je n’oublierai pas la conversation de la nuit à la Casa de España avec les Princes. J’ai été touché par sa dimension humaine, son humilité, l’intérêt sincère de Letizia pour nous, pas seulement pour moi, pour les cyclistes. Elle était très intéressée par les détails de notre vie, sa dureté ; elle a demandé ce que nous mangeons, comment le vivent nos femmes. Et nous nous lui avons dit que le plus dur était pour elle, représenter l’Espagne du haut en bas chaque jour. ’Etre princesse est plus dur que d’être cycliste’, lui avons nous dit.

Traduit d’un article en espagnol paru sur elpais.com


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