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Samuel Sanchez : "il faut garder l’espoir intact"

mardi 5 juillet 2011

Après un début de Tour de France difficile, Samuel Sanchez accepte de répondre à une interview au cours de laquelle il analyse ses chances pour la suite de l’épreuve.


- Noticias de Alava (NA) : En deux jours, 2’36" de retard. Le Tour n’a pas bien démarré.

- Samuel Sanchez : Non, au moins pour le général. Mais je préfère perdre une minute (pour samedi) que de rentrer à la maison avec une clavicule cassée. Il y a eu beaucoup de chutes et nous les avons évitées. Je suis entier. C’est l’essentiel.

- NA : Mais le rêve de podium devient compliqué.

- Samuel Sanchez : Le rêve s’éloigne, c’est sûr. Mais il faut garder l’espoir intact.

- NA : Igor Gonzalez de Galdeano dit que les plans de l’équipe restent les mêmes parce que l’objectif de l’étape reste intact, et même plus fort.

- Samuel Sanchez : Il faut tirer le positif des mauvaise choses. On ne va pas me laisser prendre 5 minutes d’avance, parce que les autres savent que si je suis bien, je suis dangereux, mais cette nouvelle situation peut m’aider ultérieurement.

- NA : Il y en a qui parlent d’une alliance, suite à l’étape de samedi, entre Contador et Samuel.

- Samuel Sanchez : Si je pouvais le suivre, on verrait.

- NA : La situation de Contador est si dramatique que ça ?

- Samuel Sanchez : Alberto est spécial. C’est le seul qui peut renverser une situation comme celle-là. Il est froid et calculateur. Il attaquera, vous verrez.

- NA : On dit que Contador n’était pas bien le jour de la chute parce qu’il n’a pas réagi comme d’habitude. Toi, tu as pédalé à côté de lui, comment l’as-tu trouvé ?

- Samuel Sanchez : Moi, j’ai sacrifié les deux coureurs que j’avais avec moi, Groka Izagirre et Gorka Verdugo, et dans les 3 derniers kilomètres de montée, Alberto et moi avons collaboré pour tenter de perdre le moins de temps possible. Plus, nous ne pouvions pas. Alberto est bien, mais c’est sûr que ce n’est pas la même chose de préparer seulement le Tour que quand on vient de gagner le Giro. Il lui manque peut-être du rythme, mais si c’est le cas, il le prendra cette semaine.

- NA : Le temps perdu dans la première étape et lors du chrono t’a affecté moralement ? Dit autrement, ta motivation est la même ?

- Samuel Sanchez : Tu ne peux pas t’effondrer au premier revers. Avec tout ce qui reste devant nous, ce serait perdu si je ne l’affrontais pas avec sérénité et motivation. Il faut être combattif. Je me suis préparé du mieux que je pouvais et je ne peux pas jeter l’éponge au premier round. Je me base beaucoup sur des gens comme Fernando Alonso qui sait qu’il n’a pas la meilleure voiture mais se bat et ne s’avoue jamais vaincu, ou comme Nadal qui voit que Djocovic l’attaque sans cesse, mais lui n’abandonne jamais.

- NA : Alors tu ne te rends pas.

- Samuel Sanchez : Non. Pourquoi devrais-je le faire ? Je crois que je suis bien. Je suis arrivé comme l’année dernière. J’ai fait une préparation similaire, avec la seule différence que j’ai été un peu plus isolé et tranquille. Ce qu’il y a, c’est que dès le départ, la course te prend à l’envers et psychologiquement tu dois faire un effort pour te remettre. Mais les sportifs ne doivent pas seulement être des personnes bien préparées physiquement, nous devons aussi être à la hauteur mentalement.

- NA : Qu’est-ce qui est le plus dur : courir le Tour ou le préparer ?

- Samuel Sanchez : Le courir, sans aucun doute. Quand tu prépares le Tour, tu passes du temps hors de la maison, seulement pendant les stages, tu passes des heures et des heures à t’entrainer... Mais jamais tu ne peux comparer ça avec le fait de le courir. La pression quotidienne, la tension qu’il y a sur cette course. L’exemple c’est le premier jour.

- NA : Préparer le Tour et le courir, c’est comparable à autre chose ?

- Samuel Sanchez : A rien ? Ca n’a rien à voir avec rien. Ni avec la Vuelta, ni avec le Giro... Rien. Les coureur au Tour sont tous à 100%. Tous. Personne n’est là pour remplacer une absence de dernière minute ou pour préparer le Mondial ou les classiques. J’ai dit 100% ? Non, ici tout le monde est à 200% et on le sent. A tous les niveaux.

- NA : Combien de jours as-tu passé loin de chez toi à préparer le Tour ?

- Samuel Sanchez : Plus de 50. Presque 2 mois loin de la maison, sans voir les enfants et ma femme. En juin j’ai été avec eux deux jours après le Dauphiné et ensuite 3 jours avant de venir ici.

- NA : C’est peu.

- Samuel Sanchez : Très peu. C’est bizarre, mais au début, quand naissent les enfants c’est à toi qu’ils manquent, c’est toi qui voudrais ne pas partir ou rentrer le plus tôt possible. Maintenant qu’ils ont grandi, les rôles s’inversent, ce sont eux qui te demandent, ils te le disent et tu le vis mal. Le petit, Unai, il me parle à peine quand je m’en vais. C’est sa façon de se protéger. C’est comme s’il disait : "allez, tu t’en vas ? Et bien je ne vais plus te parler jusqu’à ton retour". Et après, derrière il demande à sa mère s’il reste beaucoup de temps avant que papa rentre à la maison.

- NA : Cette année, tu es allé en stage dans la Sierra Nevada. Altitude et chaleur. L’ambiance du Tour.

- Samuel Sanchez : L’année dernière aussi j’y suis allé et ça m’a réussi. Mais c’est vrai que j’y ai passé plus de temps qu’à l’habitude. Je voulais m’écarter de la routine de l’entrainement à la maison.

- NA : Tu y vas seul ?

- Samuel Sanchez : Oui, seul. Les derniers jours sont longs et durs à cause de l’envie de rentrer à la maison. Mais le coureur cycliste est habitué à la solitude. Moi, je ne la ressens presque pas. Je n’en ai pas le temps. Je ne me lève pas trop tôt parce que je pars à l’heure à laquelle commencent les courses. Vers 11h ou 11h30. Je reviens après 16h, je me douche, je mange, je fais la sieste et sans le vouloir arrive l’heure de diner. Un coureur passe sa vie à vélo, au lit et à table. Ah ! Et à la cuisine. Nous n’avons pas de cuisinier, alors il faut s’appliquer. Des pâtes, de la salade, de la viande, des céréales... Je me débrouille, je n’ai pas de problèmes.

- NA : La mort de Tondo t’as pris quand tu étais en Sierra Nevada.

- Samuel Sanchez : Un jour horrible. J’étais sorti m’entrainer, on m’a appelé et... Quand je suis arrivé j’ai pu être avec Beñat. Il était sous le choc. Il me disait que ça avait été l’affaire de 10 secondes. En un instant tout s’était arrêté. Beñat va avoir du mal à passer cela parce que l’image de la mort te reste toute la vie.

- NA : Seul dans la Sierra Nevada, loin de la maison... Ca t’a fait réfléchir ?

- Samuel Sanchez : D’abord, tu penses à sa famille. Quelqu’un a du appeler pour dire qu’il était désolé, mais que le mari ou le fils était mort là-bas, d’une façon surréaliste. Ca te fait réfléchir. Tu penses à la mort. Qu’elle est là. Qu’on le veuille ou non. Et que c’est qu’en réalité, nous ne sommes rien. Quelques jours avant, dans la Sierra Nevada il faisait très mauvais. Froid, 3 degrés, et la neige. On n’y voyait rien. Je ne suis pas allé m’entrainer, mais je suis allé marcher. Je t’ai dit qu’on n’y voyait rien, mais pourtant j’ai vu passer un type en vélo. J’ai pensé que c’était un fou. Et puis il s’approche et je distingue un maillot Movistar. Et après je me rends compte que c’est Tondo, il avait une joie de vivre et une passion pour le vélo que je n’ai jamais vu chez quelqu’un d’autre. Trois jours après il est mort. C’est dur et injuste, mais réel. Maintenant je n’arrête pas de penser qu’il faut donner aux choses l’importance qu’elles méritent. Et que, par dessus tout, il faut profiter des choses. Peut-être qu’en 2 jours j’aurais perdu tout un Tour. Bon. Et après ? Il faut regarder devant.

- NA : Tu te sens vulnérable ?

- Samuel Sanchez : Bien-sûr. Je suis cycliste, champion olympique, j’ai gagné des courses et tout le reste, mais la mort ne connait pas de noms, ni de stars, ni de palmarès, ni de rien.

- NA : A ton palmarès il manque une étape du Tour ?

- Samuel Sanchez : Maintenant, avec ce que j’ai perdu, ce sera peut-être plus facile, mais je t’ai déjà dit que tout le monde sait qui je suis et ils ne me feront aucun cadeau.

- NA : Tu as pensé à comment tu réagirais si tu la gagnais ?

- Samuel Sanchez : Il sortira quelque chose de spontané, mais sûrement que ma première pensée sera pour la famille. Pour mes enfants et pour ma femme qui est celle qui souffre et qui rit avec moi, l’autre moitié de moi qui me complète.

- NA : Et si tu montes sur le podium ?

- Samuel Sanchez : Je prendrais le petit avec moi, mais peut-être qu’il ne voudrait pas venir avec moi. De toute manière, je ne veux pas penser à ça. Je préfère me concentrer sur chaque jour et sur un futur plus immédiat.

- NA : Et à ta retraite, tu y penses des fois ?

- Samuel Sanchez : J’y pense parfois. Que se passera-t-il ? Je le redoute bien-sûr. Continuer est une question mentale. Physiquement le corps résiste, mais la tête... Regarde Klöden, Horner, Vinokourov... Je suppose que ce sera difficile d’arrêter parce que toute ma vie je l’ai passée dans le cyclisme.

- NA : Et dans le monde du cyclisme on écoute un peu ce qui vient de l’extérieur ?

- Samuel Sanchez : Peu. Le Tour est très intense. Il te laisse peu de place pour regarder à l’extérieur. Mais ça dépend du caractère de chaque coureur. Le cycliste vit dans son monde, et il y en a qui font l’effort de s’informer sur ce qui se passe à l’extérieur. Moi j’aime savoir ce qui se passe, être informé.

- NA : Tu as suivi le mouvement des "indignados" ?

- Samuel Sanchez : Oui, je l’ai suivi. Une démonstration de ce qu’est l’état de droit et la liberté d’expression. J’ai été fasciné par des gens aussi vaillants qui sortaient de chez eux pour crier qu’ils ne toléraient plus cette situation.

- NA : Dans le cyclisme, il y a des indignés ?

- Samuel Sanchez : Il y en a sûrement. La pluie ne convient jamais à tout le monde.

- NA : Toi, tu te considères comme un privilégier ?

- Samuel Sanchez : Oui, parce que je peux vivre de ce que j’aime, mais personne ne m’a fait de cadeau. J’ai toujours travaillé pour m’améliorer. J’ai appris de mes erreurs et j’ai tenté de les corriger. J’ai toujours fait ce que je pouvais.

Traduit d’un article en espagnol paru sur noticiasdealava.com


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