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Samuel Sanchez : "Au Tour, tu n’es jamais bien, même pas dans les kilomètres neutralisés"

mardi 28 juin 2011

A l’issue de la traditionnelle cérémonie de départ pour le Tour de France, le leader de l’équipe Euskaltel Euskadi sur le Tour de France répond à une interview au cours de laquelle il aborde le passé, le présent et l’avenir.


- El Correo (EC) : Après autant de temps en stage en altitude, tu a atteint le point de forme pour le Tour ?

- Samuel Sanchez : Je suis bien. Je me suis préparé comme l’année dernière. J’ai voulu m’isoler encore plus. J’ai passé beaucoup de jours dans la Sierra Nevada, à la recherche de l’altitude et de la tranquillité, ne pensant qu’au vélo et à ma reposer.

- EC : Obsédé par le Tour ?

- Samuel Sanchez : Non. Il ne m’étouffe pas. On ne peut pas courir une course avant d’y être. Je vis les choses au jour le jour.

- EC : Comment affronteras-tu la course ? En attente que les autres aient une défaillance ?

- Samuel Sanchez : Les courses il faut les planifier étape par étape. Il n’y a pas de scénario écrit dans le cyclisme. Il faut décider en cours de route.

- EC : Le parcours est similaire à l’habitude.

- Samuel Sanchez : Oui, exigent. L’étape la plus simple est dure sur le Tour. Les Alpes seront décisives, surtout les étapes du Galibier qui se disputeront lors de la 3e semaine.

- EC : Le manager d’Euskaltel Euskadi, Igor Gonzalez de Galdeano, dit qu’il rêve de te voir sur le podium à Paris.

- Samuel Sanchez : Moi aussi j’en rêve. Tous ceux qui ne l’ont jamais fait, nous rêvons de monter sur le podium de Paris. Pour quelqu’un comme moi qui est peut-être dans la dernière partie de sa carrière sportive, c’est normal de vouloir y arriver. J’ai deux podium à Madrid et je veux celui de Paris.

- EC : Tu souffres encore à l’idée de l’étape du Tour 2010 que tu as perdue dans un sprint avec Andy Schleck ?

- Samuel Sanchez : Pas du tout. C’est oublié.

- EC : La course est différente avec Contador au départ ?

- Samuel Sanchez : Oui. On retrouve un favori clair. Beaucoup de la responsabilité retombera sur lui et sur l’équipe Leopard des frères Schleck. Moi, personnellement, je suis content qu’Alberto soit en course.

- EC : Contador parait imbattable.

- Samuel Sanchez : Il est le n° 1. Avec Armstrong, il a marqué l’ère moderne du cyclisme. Alberto dit que son rendement sur le Tour est une inconnue, mais je crois que, même s’il n’est pas au niveau du Giro, il peut gagner le Tour. Il faudra lui trouver un point faible ou attendre sa défaillance. Courir le Giro coûte cher à tout le monde sauf à lui.

- EC : Tu vas à ce Tour en te disant que ça peut être ta dernière participation ?

- Samuel Sanchez : Non, il me reste encore quelques années. J’y vais avec espoir. Chaque course est une chance.

- EC : Maintenant tu es un coureur reconnu, mais tu as eu du mal à remporter ta première victoire. Quel souvenir as-tu de cette anxiété ?

- Samuel Sanchez : C’était la grosse bagarre. Je tentais de gagner à tout prix, sans avoir un style défini. Je dépensais trop de forces. J’obtenais de bonnes places, mais pas de victoires. C’était des années où je désespérais. J’avais l’habitude de gagner et je n’arrivais pas à m’imposer. Mais je n’ai pas perdu confiance.

- EC : A quel moment as-tu su que tu avais trouvé ta place ?

- Samuel Sanchez : A partir de la 4e année chez les professionnels. Les deux premières années, j’ai noté la différence de vitesse entre les professionnels et les amateurs. Et puis j’ai commencé à voir qu’elle était ma place. J’ai fait un podium sur la Vuelta al Pais Vasco... Peu à peu j’ai vu le coureur que j’étais et jusqu’où je pouvais aller. Ca m’a été difficile d’arriver là ou je suis arrivé. Et après, quand il est arrivé au sein de l’équipe, Igor Gonzalez de Galdeano (le manager actuel) m’a beaucoup aidé à devenir le coureur que je suis.

- EC : Freire dit que pour lui, le cyclisme est facile. Qu’on souffre beaucoup, mais que lui sait comment arriver en forme pour ses courses clé...

- Samuel Sanchez : Freire et moi, nous sommes différents. Lui, il a un don pour le type de coureur qu’il est. Oscar est rapide, il passe bien la moyenne montagne... Etre 3 fois champion du monde est à la portée de peu de monde. L’exemple de Freire ne sert pas pour les autres. Moi, pour être bien, je dois m’entrainer très méticuleusement et, si possible, je dois faire mieux chaque année. C’est difficile de rester dans l’élite. A partir de 28 ans, c’est chaque fois un peu plus dur.

- EC : Tu prends plus de plaisir maintenant qu’à 25 ans ?

- Samuel Sanchez : C’est différent. La pression que j’ai maintenant est beaucoup plus forte. Surtout, la pression que je me mets à moi-même. J’aime mon travail et je ne veux pas décevoir les gens qui m’encouragent. On apprécie d’une autre façon. Avant j’étais jeune, je voulais dévorer le monde et après j’ai vu que ne serait pas facile du tout. Tu te rends compte qu’il te faut beaucoup te sacrifier et faire les choses avec amour et avec art, sans rien laisser au hasard.

- EC : C’est plus dur de garder l’espoir avec le temps ?

- Samuel Sanchez : L’espoir augmente. Tu as plus de perspective. Quand tu deviens professionnel, tu es comme sur un nuage. Mais maintenant, avec plus d’expérience, tu affrontes l’année avec plus d’envie. C’est difficile d’être cycliste si tu perds l’espoir. Chaque année tu dois travailler mieux, pas plus, pour garder le niveau. Il arrive des jeunes qui vont lutter pour les grands tours. C’est la loi de la vie.

- EC : Tu te sens être un coureur solide ?

- Samuel Sanchez : Maintenant je suis plus tempéré, mais j’aime aussi comment j’étais avant, quand j’étais peut-être plus agressif. Aujourd’hui, je crois que j’ai la meilleure version de moi-même, le T4, le Terminator le plus évolué. J’essaie de ne plus commettre les erreurs dans lesquelles je tombais avant. Je fais très attention aux détails.

- EC : Avec cette méthode méticuleuse, tu as réussi à dompter le Tour, cette épreuve qui t’avait tant maltraité.

- Samuel Sanchez : Je me suis choqué contre le Tour. Et deux fois. La première, au début, en 2002. Quand j’allais à la signature de la 11e étape, j’ai eu un choc frontal avec Pedro Horrillo. J’ai été commotionné. Et j’ai pris le départ sans savoir que j’avais une entorse cervicale. Cette étape arrivait à La Mongie. Armstrong a gagné. A l’arrivée, j’ai vomis en redescendant du Tourmalet en voiture. A l’hôpital à Pau, on m’a recommandé d’abandonner le Tour, mais j’ai pris le départ le lendemain. Je ne pouvais même pas marcher. Je suis arrivé hors délais.

- EC : Premier choc. Il y en a eu un autre.

- Samuel Sanchez : C’était au Tour suivant. La nuit antérieure à la victoire de Mayo à l’Alpes d’Huez, j’avais des vomissements et la diarrhée. Mais je voulais finir le Tour. J’étais lâché dès les kilomètres neutralisés. Dans la voiture ils me disaient d’abandonner. J’ai voulu terminer et encore une fois j’ai été hors délai. Je me suis dit que pour revenir, je devais d’abord monter sur le podium de la Vuelta a España.

- EC : Comment vois-tu la bouteille ? A moitié vide ou à moitié pleine ?

- Samuel Sanchez : Je ne suis ni optimiste ni pessimiste. Il faut être réaliste. Il faut affronter les problèmes et leur donner l’importance qu’ils méritent. Il ne faut pas ajouter des problèmes aux problèmes. Il faut chercher la solution.

- EC : On nait leader ?

- Samuel Sanchez : Il faut être toujours leader, même si tu n’es pas là pour gagner. Un leader doit savoir dire à son directeur sportif ou à ses co-équipier qu’il n’est pas en mesure de disputer une course, et ce doit être un autre qui occupe cette place. Quand je prépare le Tour, je sais que je ne peux pas viser le Dauphiné. Et après, quand arrive le moment clé, il ne faut pas rejeter la responsabilité. Certains n’y arrivent pas. Etre leader, c’est à la fois inné et appris. Il y a des moments où tous tes co-équipiers te regardent et tu dois répondre.

- EC : En 2010, tu es passé tout près du podium du Tour. A 33 ans, comment peux-tu améliorer pour faire ce saut ?

- Samuel Sanchez : Il ne s’agit pas d’améliorer, mais d’éviter les défaillances. A 33 ans, je mesure jusqu’aux heures de sommeil. J’analyse tout ce que je fais chaque jour. Le Tour est différent du Giro ou de la Vuelta qui t’autorisent une erreur et après de te reprendre sur une autre étape. Le Tour, non. Si tu perds du temps au début, c’est très compliqué de le reprendre. Le Tour n’a rien à voir avec les autres courses. Dans cette épreuve, tu ne vas jamais bien, même pas dans les kilomètres neutralisés. Il est difficile à courir. Je m’y suis cassé les dents deux années, et ce n’est pas qu’il me fait peur, mais je le respecte.

- EC : A 33 ans le corps te dit déjà que c’est la fin ?

- Samuel Sanchez : C’est plutôt la tête. Regarde Klöden, Horner, Leipheimer... Ils sont plus âgés et le corps suit bien. La tête c’est autre chose. Parfois la tête te demande d’arrêter. Pour la pression, pour la famille, pour les enfants... Pour ça, pour ceux que tu laisses à la maison, le cyclisme te coûte de plus en plus.

- EC : Tu as peur du lendemain, du premier jour en dehors du cyclisme ?

- Samuel Sanchez : Oui. J’y pense parfois. Qu’est-ce que je ferai alors ? Qu’est-ce que je ferai ce premier janvier où je n’aurai pas à me préparer pour Paris-Nice, la Vuelta al Pais Vasco ou le Tour ? Bien-sûr ça m’inquiète. Je suppose que ce sera difficile. Toute ma vie a tourné autour du monde du vélo. Aussi j’aimerais continuer dans le vélo. J’ai de l’expérience et la capacité de diriger une équipe. Je peux enseigner aux jeunes.

Traduit d’un article en espagnol paru sur elcorreo.com


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