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Ce que partagent Samuel Sanchez et Igor Anton

dimanche 30 janvier 2011

Les deux leaders d’Euskaltel Euskadi se réunissent autour d’une interview commune pour évoquer ce qui les attend cette saison, la lutte sur le Tour et la Vuelta.


- El Correo (EC) : On dit que la pré-saison est ennuyeuse.

- Igor Anton : Non, on l’affronte avec envie, avec de nouveaux objectifs, avec le temps pour bien préparer les choses.

- Samuel Sanchez : Tu dis ça parce que tu n’as pas d’enfants. Avec les enfants, il reste moins de temps (rires). Il faut profiter de l’hiver pour être avec la famille. La pré-saison est longue parce que tu veux qu’arrive la compétition et pouvoir vérifier que le travail fait apporte des résultats. Il n’y a pas le temps de s’ennuyer.

- EC : C’est difficile de rester motivé avec les années qui passent ?

- Samuel Sanchez : Au contraire, ça augmente. Tu as plus de perspective. Tu profites plus de ton travail. Quand tu passes chez les professionnels, tu es comme sur un nuage. Mais maintenant, avec l’expérience, quand tu as pris la mesure, tu affrontes l’année avec plus d’envie. C’est difficile d’être cycliste si tu perds l’envie.

- Igor Anton : Voir que tu t’améliore t’encourage. Je suppose que l’envie baissera quand le physique ne suivra plus, mais tant que tu te sens bien et que tu as de nouveaux défis... L’envie évolue. Moi, je suis très différent maintenant de ce gamin qui a débuté sur le Giro (2005). Aujourd’hui, j’ai plus d’attentes.

- EC : La pré-saison est le moment des doutes ou on se demande si on reviendra à son meilleur niveau ?

- Samuel Sanchez : Il n’y a pas à douter. Chaque année tu dois travailler mieux, rien d’autre, pour garder le niveau. Il arrive des gens de 24 ans comme Nibali ou Gesink qui lutteront pour les grands tours.C’est la loi de la vie. Tu as des doutes seulement lors de la première étape de chaque épreuve. Aurai-je bien fait les choses et serai-je au niveau qu’on attend de moi ?

- Igor Anton : Lors de la pré-saison, ce qui est mauvais, ce sont les contre-temps, les blessures, le mauvais temps... Tout cela retarde ta préparation, tu deviens pressé et tu doutes.

- EC : Habituellement, comment voyez-vous le verre : à moitié vide ou à moitié plein ?

- Igor Anton : Ca dépend de la situation. Des fois tout semble mauvais et d’autres tout semble bon. Ca se passe mal quand tu as un problème physique et que tu vois que tu ne peux pas alors que les autres continuent à progresser.

- Samuel Sanchez : Ni optimiste, ni pessimiste. Il faut être réaliste. Il faut affronter les problèmes et leur donner l’importance qu’ils méritent. Il ne faut ajouter des problèmes aux problèmes. Il faut chercher la solution.

- EC : On nait avec l’étiquette de leader ?

- Samuel Sanchez : Il faut toujours être leader, même quand tu n’es pas là pour gagner. Un leader doit savoir dire à son directeur sportif et à ses co-équipiers qu’il ne peut pas disputer une course et que ce doit être un autre qui prenne sa place. Quand je prépare le Tour, je sais que je ne peux pas me battre pour gagner le Dauphiné. Et après, quand arrive le moment clé, il ne faut pas fuir ses responsabilités. Certains ne peuvent pas l’assumer. Ils ne la veulent pas. Le leader nait mais aussi se construit. Il y a des moments où tous tes co-équipiers te regardent et tu dois répondre.

- Igor Anton : Moi, j’aime être un parmi d’autres. Je n’aime pas abuser de la condition de leader. Tu es le miroir. Les gens se fient à toi. Le leader doit défendre son équipe, son sponsor. Il faut unir les coureurs, les intégrer à un objectif commun.

- EC : Comment vois-tu Igor Anton ?

- Samuel Sanchez : Il faut encore lui donner du temps. Il doit être tranquille. La presse a tendance à lui mettre la pression. Igor est un crack, un monstre. Il est capable de faire des choses que personne ne fait. Il est comme Messi. Tu le vois sur une course où il va mal et malgré cela, il laisse tout le monde derrière lui. Il peut faire trois feintes, faire la passe et marquer le but. Ca c’est Igor. Sa qualité, c’est de grimper. La Vuelta de cette année est pour un grimpeur.

- EC : Tu te bases sur Samuel Sanchez ?

- Igor Anton : Beaucoup. Depuis avant d’être professionnel. Je me souviens qu’une fois, quand j’étais amateur, je m’étais approché pour parler avec lui.

- EC : Tu lui avais demandé un autographe ?

- Igor Anton : Non.

- Samuel Sanchez : Je ne le lui aurais pas donné (rires).

- Igor Anton : J’ai eu un premier contact avec Samuel au Giro 2005. Et après, nous avons beaucoup été ensemble à la Vuelta. Nous avons partagé la chambre, des rires... J’ai appris en voyant comment il affronte les responsabilités, comment il assume le poids de l’équipe. Tu le vois se comporter comme un leader. Samuel est très méthodique. Je ne le suis pas autant. J’essaie de prendre les bonnes choses de Samuel et aussi des autres.

- Samuel Sanchez : C’est ça qui est important. Prendre ce qui est bon chez chacun. Moi, je me base sur tout le monde, même sur l’envie avec laquelle arrive un néo-pro. Et pas seulement sur les coureurs, mais aussi sur les directeurs sportifs, les mécaniciens, les journalistes...

- Igor Anton : Moi, je me base plus en course, sur des coureurs que j’aime, comme Sastre, ou Pantani avant. Je regarde aussi la façon d’être des coureurs que j’apprécie.

- EC : Le Tour a été difficile au début pour vous deux.

- Samuel Sanchez : C’est que cette course a quelque chose de différent. Sur le Tour, tu n’es jamais bien, même pas sur les kilomètres neutralisés. C’est difficile à courir. Je l’ai raté deux années et ce n’est pas que j’en ai peur, mais je le respecte.

- Igor Anton : Samuel me sert d’exemple. Il a eu du mal à s’adapter au Tour et l’année dernière il a terminé 4e. Sur le Tour, il suffit que tu baisses de 1% et tout va mal. Moi, je n’ai jamais su y arriver bien. Mais ce dont je suis convaincu, c’est qu’un jour je ferai quelque chose sur le Tour.

- EC : Igor Anton peut gagner la Vuelta ?

- Samuel Sanchez : Il pouvait déjà la gagner en 2010. Igor était supérieur aux autres. Il lui restait encore le plus difficile, la troisième semaine, mais il allait prendre une avance facile à gérer.

- EC : Samuel Sanchez peut monter sur le podium du Tour ?

- Igor Anton : Sans aucun doute. Il a 32 ans, l’âge parfait. Il est déjà passé tout près. C’est compliqué, tout doit bien se passer, mais il peut.

- EC : Tous les deux vous avez eu un cancer dans votre famille. Comment cela vous a-t-il affecté ?

- Samuel Sanchez : Dans mon cas, ça m’a fait mûrir. J’ai perdu ma mère lors de ma première année chez les professionnels, j’avais 21 ans, une blessure au genou et je me suis retiré du Tour du Portugal. Ma mère est morte à 44 ans. Je ne savais pas quoi faire, par où en sortir. Malgré le grand soutien de la famille qui me restait, mes grands-parents, je restait vide. J’ai mûri. J’ai appris à voir les choses autrement. A valoriser ce qui est vraiment important. Aussi, quand on me demande ce que je demande à la vie, je réponds "la santé. Si tu l’as, déjà, tu as beaucoup de chose. Tu t’en rends plus compte quand tu es parent. Dans ma famille le cancer a emporté beaucoup de monde. Il ne prévient pas.

- Igor Anton : Quand ça touche quelqu’un de la famille, tu te rends compte de ce qui est vraiment important. Ma mère va mieux maintenant, mais ces choses là ne s’oublient pas. Moi, ça m’a donné un plus. Je ne sais pas, j’avais de la colère. Je l’ai sortie en course. Le vélo est un nouveau moyen de canaliser la rage. Quand il se passe quelque chose comme ça, tu apprends qu’il faut profiter, que nous avons beaucoup de chance d’être cyclistes professionnels.

- Samuel Sanchez : C’est une leçon. Quand ça ne va pas pendant les entrainements, tu penses à ça.

- Igor Anton : A Noël, je suis allé à l’hôpital de Basurto, voir les enfants qui ont un cancer. Pour eux, c’était un rêve. Pour moi aussi. Mais eux sont restés là-bas. Tu y penses et tu te rends compte de la chance que tu as.

- EC : Comment gérez-vous le succès sportif ?

- Samuel Sanchez : Le cycliste n’est pas comme un footballeur du point de vue médiatique. Le cycliste travaille beaucoup pour arriver. Il n’est pas emporté par la célébrité. Le succès, c’est pour Iñesta, Xavi ou Messi. Nous, on nous connait moins. Il faut être une personne normale. La célébrité se porte avec humilité.

- Igor Anton : Je n’aime pas la célébrité. Mais bon, il y a de beaux moments, comme l’hommage qu’on m’a fait à Galdakao après la Vuelta. C’était mes voisins, ma famille, mes amis. J’aime donner de l’attention aux supporters. Je ne dis non à personne.

- Samuel Sanchez : Et bien habitue-toi. Tout cela n’est rien. Tu verras déjà quand tu monteras sur le podium d’un tour. Il faut le digérer. Nous, on ne nous paie pas pour faire du vélo, mais pour nous voir faire du vélo.

Traduit d’un article paru sur elcorreo.com


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