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Egoi Martinez : "Mon rêve est d’à nouveau gagner une course !"

vendredi 24 décembre 2010

Un des vétérans de l’équipe répond à une interview au cours de laquelle il revient sur sa carrière, son rôle d’équipier de luxe chez Euskaltel, son avenir...


- El Pedal de Frodo (EPF) : Sachant comment sont les choses et la difficulté de ce sport, pourquoi es-tu coureur cycliste, Egoi ?

- Egoi Martinez : Haha, parce qu’il faut travailler quelque part et, sincèrement, sinon ce serait pour le salaire ! J’ai la chance de travailler dans quelque chose qui me plait et qui continue à me plaire malgré tout ce qui se passe, ça me satisfait et en plus ça me donne un bon niveau de vie, aussi, tant que ça durera comme ça, je continuerai.

- EPF : Tu rêvais d’être professionnel dès tout petit ou c’est venu peu à peu ?

- Egoi Martinez : Bon, j’ai toujours voulu être cycliste, ce qu’il y a c’est que quand tu es petit, tu le vois avec une autre perspective. Mais après arrive un moment où tu es amateur et c’est clair, comme je t’ai dit, il faut travailler quelque part et c’est ce que tu aimes et ce dont tu aimerais vivre. Avec le temps, tu valorises ce que tu as réussi, mais quand j’étais amateur, je rêvais de pouvoir vivre du cyclisme... et j’y suis arrivée !

- EPF : Que reste-t-il de ce coureur qui, en 2003, a remporté le Tour de l’Avenir ?

- Egoi Martinez : Il reste la personne, le plus important et ce qui ne change pas au fil des ans. Certaines saisons on gagne, d’autres non, mais bon, je crois que la personne est restée la même. En tant que coureur, mes victoires n’ont pas été très nombreuses, et comme il y en a peu, je me souviens très bien d’elles, héhé.

- EPF : Si je te dis Vuelta 2006, que nous racontes-tu ?

- Egoi Martinez : Que ça a été mon plus beau moment au niveau sportif, sans aucun doute, le moment le plus doux que j’ai eu.

- EPF : En plus avec la valeur ajoutée du classement de la montagne...

- Egoi Martinez : Oui, c’est ça. Au niveau sportif, je ne me suis jamais senti aussi bien.

- EPF : Discovery Channel, une meilleures équipes du monde te fait confiance... c’est gratifiant ?

- Egoi Martinez : Oui, oui. Très gratifiant ! Je n’oublierai jamais ce moment où j’étais en train de boire un verre à Alsasua et où Johann Bruyneel m’a téléphoné. Pour moi... imagine-toi, j’ai gardé gravé dans ma mémoire l’endroit où j’étais, comment s’est passé la conversation, où je m’étais assis... tout ! C’est un moment très spécial quand le directeur sportif qui a gagné 7 Tours de France avec Armstrong est en train de t’appeler sur le portable... un moment inoubliable.

- EPF : A cette époque tu étais meilleur en contre la montre et peut-être étais tu moins bon en montagne. Avec ton retour chez Euskaltel ça a changé, dans quelle situation étais-tu plus à l’aise ?

- Egoi Martinez : Oui, c’est exactement comme tu le dis. Chez Discovery, je pesais 72 kg et chez Euskaltel j’ai pesé jusqu’à 68 kg et c’est l’explication. Où je me sens le plus à l’aise ? Bon, c’est plus facile de courir avec 68 kg parce que la majorité des co-équipiers grimpe bien et c’est là que j’ai le plus à travailler, mais je peux aussi te dire que j’aimais le travail que je faisais chez Discovery... Bon, il y a des pour et des contre, avant je marchais bien en contre la montre et j’étais mieux sur le plat, et chez Discovery je correspondais à la structure de l’équipe et au travail que nous devions faire pour contrôler la course sur le plat. Chez Euskaltel, il faut plus secouer la course dans les étapes de montagne et je suis mieux avec le poids que j’ai maintenant.

- EPF : Simon Gerrans t’a battu sur une étape du Tour... Tu en as reparlé avec lui après ça ?

- Egoi Martinez : Oui, bien-sûr. Et après j’ai compris que ce qu’il a fait est normal... C’est un très grand coureur qui a gagné sur le Giro, le Tour et la Vuelta et qui a quasiment 30 victoires en tant que professionnel, et s’il a gagné c’est pour ça. Ce jour là ? Je crois qu’il n’a pas bien agi, mais maintenant je sais que dans une étape du Tour, quand tu vois que tu peux gagner, tu oublies tout ce que tu as dit avant... et même je crois que je ferais pareil aujourd’hui.

- EPF : Mais lui, il t’a vraiment dit qu’il n’allait pas tenter de gagner ?

- Egoi Martinez : Oui. Il était persuadé qu’il n’arriverait pas à nous suivre et il avait ça en tête, et il disait ça en étant convaincu, mais quand il a vu qu’il suivait et nous arrivions, il a oublié tout ce qu’il avait dit. Il faut tenir compte du fait que c’est un gagneur qui ne faiblit pas et que c’était une étape du Tour dans les Alpes... Mais ce n’est pas grave, maintenant je le comprends et c’est normal.

- EPF : En 2008, tu as porté le maillot Oro et cette année, c’est Igor Anton qui a été leader, avec de grandes chances de pouvoir remporter la victoire finale. Quel fut le plus beau pour toi ?

- Egoi Martinez : Si je suis sincère, c’est quand je l’ai porté moi, bien-sûr. En plus mon fils était né le mois d’avant et il est venu sur la course, je l’ai pris dans les bras avec le Maillot et ce fut des moments très beaux. Au niveau personnel, c’est incomparable avec le maillot d’Igor. Sportivement, celui d’Igor est plus important, puisque le mien était un "cadeau" d’Astana, alors que la Roja d’Igor a été gagnée et avec de bonnes chances de remporter la victoire finale.

- EPF : Que représente pour toi le fait de courir avec le maillot orange ?

- Egoi Martinez : Ca signifie plus à chaque fois ! Sincèrement, au départ c’est une chance de plus que te donne une équipe pour être professionnel, mais maintenant, avec les années qui passent, avec les gens que j’ai connus et vu comment ils se sont comportés avec moi, c’est plus qu’une équipe. C’est déjà une partie de ma vie professionnelle et en même temps, je veux le meilleur pour l’équipe. S’ajoutent l’envie du meilleur pour toi et l’envie du meilleur pour l’équipe, et c’est un plus sentimental.

- EPF : Oui... Si les supporters s’identifie autant à cette équipe, j’imagine que vous, les coureurs, vous ne vous y identifiez pas moins...

- Egoi Martinez : Oui, même si ce n’est pas toujours comme ça... Au final, le coureur à une carrière sportive courte au cours de laquelle il doit chercher sa place et les meilleures options pour lui, et bien souvent, tous ces sports deviennent quelque chose d’individuel. Mais ce que je te disais, c’est qu’il y a un moment, quand tu t’identifies à des couleurs, et que tu as de l’affection pour l’équipe, il y a plus que l’exploit personnel et c’est ce qui m’’est arrivé à moi.

- EPF : Tu as récupéré de la chute à Solares, avec Igor Anton ?

- Egoi Martinez : Oui, oui. Totalement.

- EPF : Quelle douleur fut la plus intense ce jour là ? La physique ou la psychologique ?

- Egoi Martinez : La psychologique, beaucoup plus, sans aucun doute. Physiquement, ça a été un coup très douloureux, mais de ceux qui durent une demi-heure... Psychologiquement, ça a été très dur, nous vivions en équipe le moment le plus doux dans la vie d’Euskaltel et, sincèrement, je suis convaincu que nous aurions gagné la Vuelta a España avec Igor. Convaincu comme je l’ai peu souvent été, mais tout s’est arrêté d’un instant à l’autre, et c’est très dur.

- EPF : Objectifs 2011, qu’attends-tu de la prochaine saison ?

- Egoi Martinez : Bon, je suis un vétéran et en ayant passé de nombreuses années dans le cyclisme, tu te rends compte que les choses arrivent quand elles doivent arriver. Chaque année est différente, il se passe des choses différentes, avec des problèmes ou pas... Alors tu te rends compte que le mieux est de vivre au jour le jour, en t’entrainant et faisant du mieux possible, et à partir de là, attendre que les choses arrivent. C’est le chemin que je suis, sans me faire d’illusions, ça m’a toujours réussi comme ça.

- EPF : Ca fait 7 ans que tu cours dans la même saison le Tour du Pays Basque, et Tour de France et la Vuelta... 2011 sera la 8e ?

- Egoi Martinez : Oui, en principe, c’est le plan pour l’année qui vient et c’est un très bon signe, quand mon calendrier chez Euskaltel est celui-là, c’est que les choses vont bien... Quand vous verrez que je ne fais pas ces courses là, pour un gregario comme moi, c’est que la fin est proche...

- EPF : Avec ton rôle de père, tu dois changer les couches, Egoi... Ce sera aussi ton rôle avec les nouveaux de l’équipe ?

- Egoi Martinez : Bon, héhéhé, pas avec la même responsabilité que celle que j’ai en tant que père, qui est plus grande, mais un peu oui. Je suis déjà un coureur vétéran que les jeunes respectent un peu et bien-sûr j’essaierai de leur montrer le meilleur chemin. Après, comme toujours, il y a des coureurs, qui, tant mieux pour eux, en savent déjà plus que toi dès le début et d’autres qui apprécient les conseils, je tenterai de faire au mieux pour eux et pour l’équipe.

- EPF : Tu t’es imposé comme le capitaine de route de l’équipe. Ca implique que les chances de victoires sont moindres ?

- Egoi Martinez : Non... il faut être réaliste dans ce monde, et je ne suis pas un gagneur, ce qui ne veut pas dire que je ne continue pas à rêver de gagner, vu que c’est une sensation indescriptible, que je n’ai ressentie avec autre chose. C’est une satisfaction absolue et une sensation de bien-être que je continuerai à rechercher. Après, en tant que coureur vétéran, il peut m’arriver d’avoir à prendre une décision en course, mais ça ne veut pas dire que ça me ferme des portes.

- EPF : En 2009, tu as lutté pour le maillot de la montagne du Tour. Tu pourrais le refaire cette année ?

- Egoi Martinez : Ouf ! C’est quelque chose d’imprévisible. Jusqu’à ce moment là, je n’avais jamais pensé que pourrais le disputer et j’ai fait second derrière un grand coureur comme Pellizotti... En fat, on ne sait jamais, je ne serai probablement jamais plus leader de la Vuelta et je ne lutterai probablement plus pour ce maillot, mais il y a d’autres choses auxquelles je n’ai jamais pensé. Comme je t’ai dit au début, je préfère attendre les prix et si un doit venir, il viendra, sinon, ce sont les désillusions qui arrivent et on désespère. En plus, quand ça vient par surprise, c’est encore plus agréable.

- EPF : Donc, en principe, la mission sera d’entourer Samuel Sanchez ?

- Egoi Martinez : Oui, oui. Sur le Tour il y aura Samuel et le seul objectif sera celui qu’il fixe lui.

- EPF : Crois-tu que ton équipe soit en capacité d’être sur le podium des 3 grands tours cette saison ?

- Egoi Martinez : Oui, voyant ce que nous avons vu la saison dernière, peut-être. Bon, le Giro est une course très spéciale, mais Igor est un coureur hors série et son parcours est idéal pour lui, mais aussi il manque une équipe équilibrée et expérimentée et ça dépendra de comment se déroule la course avec les italiens... Mais pour ses qualités, je vois Anton sur le podium de la Vuelta et du Giro et je vois aussi Samu de celui du Tour. L’année dernière, seul le dernier chrono l’en a sorti, il a donc montré qu’il peut y être et nous lutterons pour ça.

- EPF : Ce qui est clair, c’est que la philosophie de l’équipe a changé. Avant vous luttiez pour des étapes et maintenant vous visez ouvertement le général...

- Egoi Martinez : Oui, ça a changé. Par chance sont arrivé des coureurs qui nous ont offert cette possibilité, quelque chose qui est difficile. D’abord Samuel Sanchez l’a montré sur la Vuelta et cette année sur le Tour, et après Igor Anton, un authentique hors-série. Et pour le futur, nous avons Romain Siacrd, pas pour l’année qui vient, mais c’est mon coureur préféré, et nous verrons jusqu’où il peut aller.

- EPF : En fin de carrière, si Igor Gonzalez de Galdeano te disait qu’il a une place pour toi comme directeur sportif, tu accepterais ?

- Egoi Martinez : Comme directeur sportif ? Je ne sais pas. Je ne crois pas que ce soit ma vocation... Bien-sûr, c’est clair qu’il faut faire quelque chose dans la vie, mais ce ne serait pas en directeur sportif que je me verrais le mieux, dans d’autres travaux je pourrais apporter plus.

- EPF : Sois sincère : as-tu déjà désobéi à tes directeurs sportifs ? Et comment s’est passé ce pari risqué ?

- Egoi Martinez : Héhé, je crois que oui. Pas pour des choses importantes, parce quand un directeur sportif dit qu’une chose doit être ainsi, elle doit l’être et c’est tout, mais il y a des circonstances où on te dit que tu dois être avec tel coureur et toi tu vas avec un autre... Des fois tu as raison et il ne se passe rien et des fois tu as tord et tu te dis "merde, je me suis trompé". Mais bon, ce n’est pas une dictature et la parole du directeur sportif est celle qui pèse le plus, mais ce n’est pas la dernière, la personnalité du coureur compte aussi, si tu vois les choses clairement, il y a la responsabilité de la décision que tu as prise et des fois il faut les prendre.

- EPF : Combien de saisons crois-tu ou voudrais-tu qu’il te reste dans les jambes ?

- Egoi Martinez : Haha, c’est la question que je me pose le plus souvent. Plus que dans les jambes, c’est dans la tête, dans les jambes je crois qu’il en resterait quelques unes parce que je mène une vie très ordonnée, que je suis un coureur très professionnel et que j’ai fait peu d’excés. Mais dans la tête je crois qu’il m’en reste moins et c’est la question que je me pose, je ne sais pas, mais pour donner un nombre, je te dirais entre 3 et 5.

- EPF : La tête, jusqu’à quel point a-t-elle été déterminante dans ta carrière ?

- Egoi Martinez : Ouf... la tête c’est la clé. C’est quasiment plus important que le corps et des fois on ne s’en rend pas compte. Tout petit quelqu’un m’a dit le pouvoir qu’ont la tête et le mental, et c’est quelque chose que j’ai vu moi, les coureurs élus ont un mental privilégié, une mentalité, un optimisme et une sûreté en eux-mêmes qu’on ne peut ni acheter ni travailler. C’est la clé, avec les années tu apprends et tu as un meilleur rendement. Maintenant c’est le moment où je vis le plus tranquille et où je vois les choses avec une autre philosophie, mais il me manque le physique que j’avais à 27 ans, c’est comme ça !

- EPF : Il te reste quelque chose qui te manque dans le monde du cyclisme ou tu peux te retirer tranquille ?

- Egoi Martinez : Je peux me retirer tranquille, mais il me reste quelque chose à faire, et c’est gagner une autre course. Je ne te dis pas que ce serait gagner une étape du Tour qui était mon rêve étant jeune, ça m’est égal où que ce soit, mais je serais enchanté de gagner à nouveau avant d’abandonner le cyclisme. C’est en 2006 que j’ai gagné la dernière fois et, comme je l’ai déjà dit, ça a été quelque chose de spécial et de différent, une satisfaction impayable.

Traduit d’un article en espagnol paru sur elpedaldefrodo.com


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