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Igor Anton : "Le cyclisme, c’est comme les montagnes russes, la vie aussi"

lundi 26 avril 2010

Emouvante interview du grimpeur basque qui vient de réaliser coup sur coup une série d’exploits, après une année 2009 difficile en raison des séquelles de sa chute de la Vuelta a España 2008.


- El Correo (EC) : Qu’as-tu ressenti en te voyant parmi les meilleurs à la Flèche Wallonne ?

- Igor : Je n’avais jamais couru ces classiques. Je les voyais à la télé. Elle te donnent du respect. La veille je me suis entrainé avec les co-équipiers dans la partie finale et j’ai ressenti ce respect en roulant en lieu historique. En course, j’ai tout donné. J’ai été à la hauteur. Et j’ai gardé de bonnes sensations. Je suis très fier de ce que j’ai fait. Finalement, je n’ai été doublé que par 3 coureurs (Evans, Joaquín Rodríguez et Contador), 3 très grands coureurs. Et derrière sont arrivés d’autres grandes stars.

- EC : Quel souvenir as-tu de ce final dans le mur de Huy ?

- Igor : Kolden avait attaqué. Je me suis freiné, mais pas assez. Je me suis vu tant à l’avant que j’ai tenté. Advienne que pourra. Et dans un virage à gauche, à environ 400 m de l’arrivée, dans le passage le plus pentu, je me suis dit : "Je vais accélérer encore pour voir si je suis capable de lâcher Contador". Après, j’ai vu la vidéo à l’hôtel, et oui, je l’ai fait souffrir. Nous nous sommes peut-être enterrés tous les deux dans ce virage. Au final, Cadel Evans nous a doublé, lui qui a une longue expérience de ces courses. Mais la 4e place signifie beaucoup pour moi. A voir si j’arrive à gagner un jour sur cette classique.

- EC : Tu as parlé après avec Contador ?

- Igor : Non, je n’en ai pas eu le temps. Nous avions parlé quelques jours avant, à la Vuelta a Castilla y Leon. Maintenant, ce n’est pas très facile de parler avec lui, parce qu’il se met toujours à l’avant du peloton, très entouré par ses co-équipiers. Mais oui, nous avons parlé du Morredero. Nous avons une bonne relation.

- EC : Faire souffrir Contador en monter confirme le fait que tu es un grand grimpeur.

- Igor : Par chance ou de fait de la génétique héritée de mes parents, mon terrain est la montagne. Quand je suis à fond, je sais que je peux gagner des étapes de montagne. Je me sens capable de lâcher des gens comme Contador ou Mosquera, comme dans le Morredero. Je reviens à ce niveau de forme que j’avais à la Vuelta a España 2008. Le temps m’a remis à ma place.

- EC : Souviens toi de ce virage dans la descente du Cordal, juste avant l’Angliru, où tu es tombé et où tu as du abandonner la Vuelta 2008. Qu’est-ce qui aurait pu se passer sans cette chute ?

- Igor : Beaucoup de gens qui regardaient l’étape me le rappellent. J’ai toujours dit que, quitte à tomber, ç’aurait été mieux que ça arrive un autre jour. Mais pas celui là. Je sais que battre Contador était très difficile, mais j’aurais certainement été devant. Et j’aspirais à une bonne place au classement général. Je me suis vu en train de disputer une Vuelta. J’ai pris confiance.

- EC : Mais la récupération a été lente.

- Igor : Ca a coïncidé avec l’hiver et j’ai bien récupéré. Ce qui s’est passé, c’est que pendant tout 2009, je ne me suis pas senti bien. On aurait dit que je trainais quelque chose, comme un sac à dos qui me freinait. Je ne sais pas. J’ai fait beaucoup de Gymnase et je me suis concentré sur le seul Tour. Peut-être ne suis-je pas un coureur à qui il convient d’avoir un seul pic de forme. Je ne me suis jamais senti bien dans ce Tour. Sans fraicheur. En plus, je suis tombé 3 fois. Le traquenard de l’étape de Barcelonne m’a beaucoup touché. Je suis aussi tombé à Arcalis. Le seul point positif sur ce Tour, c’est le coup de pédale avec lequel je suis revenu. Ca m’a permis de gagner la Subida a Urkiola. Cette victoire, dans un moment critique pour l’équipe et pour moi, a été très important.

- EC : Beaucoup de chutes.

- Igor : J’ai subi une série de malchances, rien de plus. Mais je me considère chanceux. Au cours de ma première année professionnelle, j’ai découvert le Giro, la deuxième j’ai gagné sur la Vuelta (Calar Alto)... La mauvaise année a été 2009. Il faut aussi apprendre de cela. J’ai tout effacé et repris au départ.

- EC : Tu en es arrivé à douter du fait que tu arriverais à récupérer ?

- Igor : Oui. Des fois. Je n’étais pas mal, mais je n’étais pas tranquille. J’avais l’impression d’avoir reculé de deux pas. Même au cours du stage d’hiver de l’équipe, ce n’était pas encore clair pour moi. Après, je suis parti seul à Calpe et je me suis entrainé très dur. Maintenant j’en récolte les fruits.

- EC : Sur qui pouvais-tu compter dans les moments de doute ?

- Igor : Bon, il a un peu fallu que je m’aide moi-même. Et la famille, elle est toujours là. En plus, il y a peu, j’ai subi une rupture amoureuse qui m’a beaucoup affecté. J’ai eu envie de tout laisser tomber. Mais au final, je me suis rendu compte qu’il foncer de l’avant. Avec tout ce que ça m’a coûté pour arriver là, je n’allais pas jeter l’éponge. J’en ai retiré plus de rage. Dans les dernières courses j’ai cherché l’impossible, en attaquant de loin. Je voulais sortir tout ce qui est en moi, comme à Amorebieta ou au Morredero.

- EC : Ce revers affectif ta permis de faire ressortir ton génie.

- Igor :Il m’est arrivé beaucoup de chose cet hiver. Avant ce problème, j’ai eu une autre mauvaise periode avec la maladie de ma mère. On lui a trouvé un cancer dont elle est maintenant sortie et se porte très bien. Ca m’a endurci. Et c’est là que l’autre coup m’est tombé sur la tête (la rupture sentimentale). Des fois, je me sentais noyé. Mais je ne pouvais pas perdre tout ce pour quoi j’ai lutté. J’ai réagi. Dans le Mur de Huy j’ai eu la sensation que je donnais 110% de moi-même.

- EC : La maladie fait relativiser les autres types de problèmes.

- Igor : C’est clair. Et ça t’aide à mieux de recentrer. Je suis parti à la Vuelta a Castilla y Leon avec l’étape de Morredero en tête. Même s’il y avait Contador. On m’a même conseillé de parler avec Alberto, pour que lui remporte le général et moi l’étape. Mais non. Je voulais gagner par ma force et je l’ai fait.

- EC : Du podium, tu as offert le bouquet de fleurs à ta mère.

- Igor : Oui, mes parents m’ont suivi pendant tout ce tour. C’était un moment très émouvant. Je lui ai dédié la victoire.

- EC : Tu es arrivé avec un terrible geste de rage.

- Igor : C’était comme si j’avais enlevé un poids. J’ai profité de la victoire, mais il m’était arrivé tant de choses dans les derniers mois que j’avais une sensation étrange. J’avais comme un vide en moi. C’est pour ça la rage.

- EC : Ton objectif en 2010, c’est la Vuelta a España.

- Igor : Oui. Je vais préparer cette course comme il faut.

- EC : Et tu reviendras au Tour de France un jour ?

- Igor : Oui. Même si je ne suis peut-être pas un coureur ayant les bonnes caractéristiques pour cette course. Il y a beaucoup à rouler, de la tension... Je ne sais pas. Ce qu’il y a, c’est que pour l’instant, je n’ai pas réussi à arriver en bonne forme au Tour. Je sais que je peux y arriver. Et que, si j’oublie le général, je peux gagner des étapes. C’est énorme une étape du Tour... Comme quand Laiseka a gagné à Luz-Ardiden.

- EC : Tu l’as vu en direct.

- Igor : Oui, c’était la première fois que j’allais voir le Tour, en 2001. A ce moment là, je courais dans la catégorie juniors. Je me rappelle que cette année là, je n’avais pas encore commencé à courir parce que j’avais des problème à l’épaule. Et le fait de voir gagner Roberto (Laiseka) là-bas m’a plu et je me suis dit : "Je dois moi aussi le faire un jour".

- EC : Tu as le temps. Tu viens juste de fêter tes 27 ans.

- Igor : Oui. Dans ce sport, un jour tu es sommet et le lendemain tu tombes au fond du gouffre. Le cyclisme, c’est comme les montagnes russe. La vie aussi.

Traduit d’un article en espagnol paru sur elcorreo.com


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